Pour la première fois depuis l’après-guerre, la France a enregistré en 2025 plus de décès que de naissances. Une rupture démographique profonde, confirmée par les données de l’Insee, dont les effets se font déjà sentir dans les écoles. Pour les élus locaux, cette évolution ne saurait justifier une logique automatique de fermetures de classes, encore moins lorsqu’elles fragilisent l’équilibre des territoires et l’accès au service public d’éducation. En quinze ans, le nombre de naissances a chuté d’environ 25 %, une baisse durable qui touche la quasi-totalité des départements.
Face à cette situation, le ministère de l’Éducation nationale affiche un changement de méthode, que les élus locaux observent avec prudence. La baisse du nombre d’élèves n’est pas présentée comme une crise, mais comme une transition à organiser, en évitant les décisions prises dans l’urgence et les raisonnements strictement comptables. Un discours qui se veut rassurant, mais qui n’efface pas la méfiance des élus, tant les annonces passées ont souvent conduit à des fermetures de classes difficiles à accepter localement.
La principale mesure annoncée pour 2026 est la généralisation des observatoires des dynamiques rurales, mis en place à titre expérimental en 2023. Ils deviendront des « observatoires des dynamiques rurales et territoriales », déployés dans l’ensemble des départements, ruraux comme urbains. Une circulaire publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale en janvier précise le cadre de fonctionnement de ces observatoires : projections à un, trois et cinq ans, diagnostic partagé, réflexion pluriannuelle sur l’organisation scolaire, l’offre éducative et les services associés, notamment les transports.
Ces observatoires seront co-présidés par le préfet et le directeur académique des services de l’Éducation nationale. Des déclinaisons infra-départementales pourront être mises en place à l’échelle des bassins de vie, des réseaux pédagogiques ou des périmètres intercommunaux. Sur le papier, la méthode se veut partenariale. Pour de nombreux élus, ces instances ne pourront toutefois jouer un rôle utile que si elles ne servent pas à entériner a posteriori des décisions déjà arrêtées. Dans la pratique, une question demeure centrale pour les communes : quelle place réelle sera donnée aux maires dans ces espaces de dialogue ?
Dans certains départements, les premières expériences ont parfois associé prioritairement les présidents d’intercommunalité, laissant les maires à distance de discussions qui engagent pourtant directement leurs écoles et leur attractivité.
Or, dans un protocole d’accord signé le 8 avril 2025 entre l’Association des maires de France et le ministère de l’Éducation nationale, l’État s’est engagé à associer les maires en amont aux réflexions sur l’évolution de la carte scolaire et à leur transmettre des projections d’effectifs à trois ans. Ces échanges doivent aussi intégrer les projets communaux, notamment en matière de logement, ainsi que les conséquences des fermetures de classes sur les temps de transport et la vie quotidienne des familles.
Les enjeux sont loin d’être marginaux. Le ministère estime qu’entre 2019 et 2029, les écoles maternelles et élémentaires pourraient perdre un million d’élèves sur un total de 6,7 millions. Pour de nombreuses communes, notamment rurales ou littorales, ces évolutions dépassent largement la seule question scolaire. Elles touchent à l’équilibre des services publics, à l’installation des familles et, plus largement, à la vitalité des territoires.
Parallèlement, le gouvernement annonce un nouvel élan pour les territoires éducatifs ruraux. En 2026, 59 nouvelles labellisations viendront s’ajouter aux dispositifs existants, portant à 261 le nombre total de territoires éducatifs ruraux. Ces labellisations s’accompagnent d’une dotation annuelle de 30 000 euros et d’un suivi renforcé. Une cinquième vague d’appel à projets est annoncée à la rentrée 2026. Ces dispositifs, s’ils peuvent constituer des leviers ponctuels, ne répondent toutefois pas à la question centrale du maintien durable des classes et des écoles dans les territoires.
Enfin, la réforme de la carte de l’éducation prioritaire est une nouvelle fois repoussée. Le ministère reconnaît la nécessité d’une actualisation, la dernière datant de 2014, mais invoque le calendrier électoral pour différer ce chantier. Des mesures transitoires sont néanmoins prévues dès la rentrée 2026 pour certaines écoles et collèges confrontés à de fortes fragilités sociales, avec des ajustements de moyens et des dispositifs indemnitaires temporaires pour les enseignants.
L’État présente une méthode et des outils. Reste à voir comment ils se traduiront sur le terrain, et quelle place sera réellement laissée aux communes dans les décisions qui engagent leurs écoles.


