Depuis 2003, les communes ont appris à gérer la canicule comme une crise. Vingt-trois ans plus tard, l’Unccas veut faire reconnaître ce que la répétition des épisodes fait désormais peser sur les CCAS. Derrière les appels aux personnes isolées et l’ouverture de lieux frais, les fortes chaleurs mobilisent des agents, prolongent les permanences, imposent des visites à domicile et bousculent des services déjà sollicités. C’est cette facture, encore peu visible, que l’association veut mettre sur la table.
Le 6 juillet, l’Unccas a publié une enquête intitulée “L’action sociale de proximité face au défi climatique”, nourrie de plus de 600 réponses recueillies en quatre jours auprès de CCAS et de CIAS. L’association en précise elle-même la portée : il ne s’agit pas d’un sondage statistiquement représentatif, mais d’un retour de terrain. Assez large, toutefois, pour faire apparaître une réalité désormais difficile à contourner : les fortes chaleurs ne relèvent plus seulement de dispositifs d’urgence, elles pèsent sur le fonctionnement ordinaire de l’action sociale locale.
Dans les CCAS et CIAS ayant pris part à l’enquête, la mobilisation a largement dépassé la simple diffusion de consignes. 96 % ont assuré un suivi téléphonique des personnes vulnérables et 62 % sont également intervenus à domicile. Près des deux tiers ont ouvert des lieux rafraîchis ou orienté les habitants vers ceux qui existaient ; 81 % ont diffusé une information spécifique et 36 % ont distribué de l’eau ou du matériel, notamment des ventilateurs et des brumisateurs.
Le contact téléphonique ne suffit pas toujours : lorsqu’une personne reste injoignable, les équipes doivent vérifier sa situation, se déplacer et, parfois, organiser un transport ou trouver une solution d’accueil. Or le repérage lui-même reste imparfait : la moitié des structures interrogées disent avoir du mal à joindre ou à localiser certaines personnes fragiles, tandis que 27 % jugent leur registre communal incomplet ou insuffisamment actualisé. Isolement, méconnaissance du dispositif, fracture numérique : une partie des habitants les plus exposés reste encore hors de portée des services.
L’Unccas en fait l’une de ses quatre propositions : des registres plus complets, mieux actualisés et un partage encadré de certaines données administratives. Le calendrier donne un relief particulier à cette demande : un décret du 3 juillet vient d’élargir le cadre du registre communal des personnes vulnérables.
Repérer n’est qu’une partie du problème. Encore faut-il qu’une solution soit réellement accessible lorsque le logement devient invivable. L’enquête revient avec insistance sur la mobilité : un lieu rafraîchi ne protège pas ceux qui ne peuvent pas s’y rendre seuls. Elle pointe aussi la mauvaise adaptation de certains logements, des résidences autonomie, des bâtiments publics et parfois des locaux mêmes des CCAS. Quant aux personnes sans domicile et aux ménages vivant dans des logements dégradés, ils restent parmi les plus exposés lorsque la chaleur s’installe.
L’Unccas pousse donc plus loin son constat : la canicule ne touche pas seulement les personnes déjà repérées. Elle accentue les effets du mal-logement, de l’isolement ou de l’absence de mobilité, et transforme plus vite une difficulté connue en situation d’urgence.
Or les services sont déjà sous tension. Parmi les structures interrogées, 27 % signalent un manque de personnel ; 33,6 % ont dû mettre en place des astreintes, rappeler des agents, élargir les horaires ou renforcer les permanences. 18 % disent aussi manquer d’équipements. Le calendrier n’arrange rien : ces épisodes surviennent en pleine période estivale, au moment où les congés réduisent les effectifs.
Reste le coût de cette mobilisation, que l’Unccas veut désormais faire reconnaître. Le 25 juin, le Premier ministre a annoncé une enveloppe de 100 millions d’euros destinée aux équipements de rafraîchissement des Ehpad. L’Unccas salue la mesure, mais demande que le “Fonds blanc canicule” ne finance pas seulement des investissements. Elle veut y faire entrer les dépenses supportées par les communes et leurs CCAS : renforts d’équipes, astreintes, ouverture de lieux climatisés, transport des personnes âgées ou fragiles, achat de matériel.
La demande porte, au fond, sur le fonctionnement même des services. Ouvrir un lieu frais mobilise des agents ; tenir un registre suppose des appels, des mises à jour et parfois des visites ; repérer une personne vulnérable ne sert à rien si personne ne peut intervenir lorsqu’elle ne répond plus. C’est ce travail, moins visible qu’un équipement ou qu’un chantier, que l’Unccas veut aussi voir financé.
Pour l’heure, l’essentiel repose encore sur la commune et son CCAS. Parmi les structures interrogées, les élus et les services municipaux sont de loin les partenaires les plus souvent mobilisés ; associations, bénévoles et professionnels de santé interviennent davantage en appui. Beaucoup cherchent pourtant à élargir ce cercle : 159 répondants souhaitent associer davantage les services d’aide à domicile, les CPTS, les bailleurs sociaux, la Croix-Rouge, les commerçants ou les entreprises.
L’Unccas propose d’organiser cette mobilisation au-delà du seul temps de l’alerte, en constituant des réseaux territoriaux de lieux refuges, en s’appuyant aussi sur des commerces, des hôtels, des cinémas ou des équipements privés capables d’ouvrir leurs portes pendant les fortes chaleurs. Elle plaide également pour des exercices réunissant collectivités, services de l’État et partenaires locaux. Leur utilité serait très pratique : savoir, avant la crise, qui ouvre, qui transporte, qui appelle et qui intervient.
À force de se répéter, les canicules s’installent dans l’organisation ordinaire des CCAS. L’enquête détaille ce que les équipes ont fait pendant l’épisode de fin juin ; elle ne dit pas ce qu’elles ont dû décaler pour y parvenir. Cette charge nouvelle ne remplace rien… elle s’ajoute au reste.
Les 100 millions annoncés pour les Ehpad sont destinés aux équipements de rafraîchissement. Reste le travail supplémentaire que les canicules font désormais peser, été après été, sur les CCAS : c’est aussi cette dépense que l’Unccas demande de financer.
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