À Bercy, la dépense locale est de nouveau sous surveillance. Réuni le 7 juillet autour du Premier ministre, le comité d’alerte des finances publiques a chiffré à 5 milliards d’euros le risque de dépassement de la dépense publique en 2026. Deux milliards concernent les collectivités. Il ne s’agit ni d’un déficit constaté ni d’un trou apparu dans leurs comptes, mais d’un écart possible avec la trajectoire inscrite dans la loi de finances. Les élus n’en ont pas moins reçu un nouveau rappel à la “vigilance” pour le second semestre.
L’État peine lui aussi à tenir la trajectoire votée. Le gouvernement évalue à 2 milliards d’euros le dépassement possible de ses propres dépenses et à 1 milliard celui de la Sécurité sociale. Il annonce donc 3 milliards d’euros de “mesures de refroidissement”, dont 2 milliards à trouver dans le budget de l’État, ministère par ministère, d’ici à la fin de l’année. Gels, annulations de crédits et mesures de gestion sont déjà évoqués.
Pour les collectivités, aucune mesure comparable n’est annoncée à ce stade. Le gouvernement dit respecter le principe de libre administration et s’en remet à la “responsabilité” des élus. Il attend néanmoins qu’ils ralentissent leurs dépenses.
Le rappel arrive après un printemps déjà marqué par les économies. Les dotations de soutien à l’investissement local ont été réduites, 162,5 millions d’euros du Fonds vert ont été surgelés et plusieurs politiques financées conjointement par l’État et les collectivités ont perdu une partie de leurs crédits. De nouvelles coupes ministérielles peuvent donc toucher les budgets locaux sans jamais apparaître comme des économies directement prélevées sur eux.
Derrière les 2 milliards avancés par Bercy, les évolutions sont loin d’être uniformes. Les dépenses de fonctionnement ont progressé d’environ 1,1 % au cours des premiers mois de l’année, davantage que prévu. La hausse atteint 4,7 % dans les régions, tandis que les communes et leurs groupements ne sont concernés que “dans une moindre mesure”, selon le ministère ; l’investissement local se montre lui aussi un peu plus dynamique qu’anticipé. L’appel à la modération, lui, ne fait pas cette distinction.
De son côté, l’Association des petites villes de France a déclaré que les collectivités ne pouvaient “être tenues pour responsables” de la dégradation des comptes publics. “Pleinement conscients” de la gravité de la situation, ses élus rappellent les efforts consentis depuis 2014 et soulignent que l’évolution des dépenses, notamment celles du bloc communal, atteste de leur bonne gestion.
Sur les 2 milliards de dépassement possible du côté de l’État, 1,4 milliard est lié aux aides décidées depuis le début de la crise au Moyen-Orient pour amortir la hausse des prix du carburant. Le gouvernement répond par une nouvelle série de coupes, tout en assurant vouloir préserver les besoins urgents, notamment ceux liés à la canicule et à la gestion des crises ; il ne dit pas encore quels ministères ni quelles politiques devront supporter l’effort. Après les décisions prises au printemps, les collectivités savent qu’une économie réalisée dans le budget de l’État peut aussi finir par peser sur le leur. C’est dans ce contexte que Bercy leur demande, à leur tour, de contenir leurs dépenses.
L’objectif reste de ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2026, après 5,1 % en 2025. Il paraît déjà plus difficile à tenir depuis que la prévision de croissance a été ramenée de 0,9 % à 0,7 %. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, ne promet plus que de s’en approcher “au maximum”.
Aucune nouvelle contrainte n’est, pour l’instant, imposée aux collectivités. Les prochaines semaines diront où l’État gèlera ou annulera ses propres crédits. Les élus locaux, eux, ont déjà reçu la consigne : au second semestre, Bercy attend qu’ils dépensent moins.


