ASSOCIATIONS : ÉMILIE KUCHEL DÉFEND LE DROIT DE DÉRANGER

Une association ne perd pas sa liberté de parole lorsqu’elle reçoit une subvention. Dans une tribune publiée ce jeudi 5 novembre dans Le Télégramme, Émilie Kuchel, présidente du groupe socialiste et démocrate au conseil municipal de Brest, défend ce principe face aux pressions de l’extrême droite. L’élue alerte également sur les difficultés financières du secteur, qui menacent autant les activités associatives que leur indépendance.

“Nous n’avons pas besoin d’être toujours d’accord pour faire société”. Émilie Kuchel place le désaccord au premier rang de sa défense du monde associatif. Clubs sportifs, troupes de théâtre, collectifs d’habitants : ces lieux ne servent pas uniquement à pratiquer une activité ou à monter des projets. On y discute, on y confronte des opinions, on apprend à agir ensemble sans nécessairement partager les mêmes convictions.

Une liberté que l’élue brestoise juge aujourd’hui menacée par la progression de l’extrême droite, dont elle dénonce les pressions sur les associations jugées dérangeantes. La question dépasse les seules divergences politiques : elle touche à la possibilité, pour des citoyens organisés, de contester les décisions de ceux qui les gouvernent.

À Carcassonne, le désaccord sanctionné financièrement

L’affaire qui a opposé, au printemps dernier, la Ligue des droits de l’homme à la municipalité Rassemblement national de Carcassonne en fournit un exemple. Le 8 avril, l’association annonçait un nouveau recours contre un arrêté anti-mendicité. Dès le lendemain, le maire Christophe Barthès décidait de lui retirer sa subvention annuelle de 300 euros et de mettre fin à la mise à disposition d’un bureau municipal, en réponse à sa démarche judiciaire.

En septembre, nouvel épisode : la LDH se voyait refuser l’accès au forum des associations. La mairie invoquait cette fois un règlement excluant notamment les structures dont les prises de position étaient jugées politiques ou revendicatives. L’association a également porté cette décision devant la justice.

Ces retraits de soutien et ces exclusions rejoignent les pratiques dénoncées par Émilie Kuchel. Au-delà des associations directement visées, le risque est aussi de dissuader d’autres structures de prendre publiquement position, par crainte de perdre leurs moyens ou leur place dans la vie locale.

L’éducation populaire face aux discours de repli

Le propos d’Émilie Kuchel ne se limite pourtant pas aux associations qui contestent ouvertement les pouvoirs publics. La vie associative constitue aussi, à ses yeux, un apprentissage quotidien du débat et de la citoyenneté.

L’éducation populaire occupe une place particulière dans cette conception de l’engagement. Face à la désinformation, aux peurs et aux discours de repli, l’élue défend la confrontation des idées, l’esprit critique et la capacité à remettre en cause ses propres certitudes. Comprendre une décision publique ne signifie pas nécessairement l’approuver. Les citoyens doivent aussi pouvoir la discuter, s’y opposer et se mobiliser pour la faire évoluer.

Cette place accordée au débat concerne également les jeunes, dont les prises de position peuvent parfois contrarier les responsables politiques. Émilie Kuchel refuse de les renvoyer à une citoyenneté qu’ils n’exerceraient qu’une fois adultes : “Ils sont déjà des citoyens, y compris quand ils nous bousculent”. Leur engagement, même contestataire, mérite d’être entendu plutôt que tenu à distance.

Des finances fragiles, une indépendance à préserver

Reste à assurer aux associations les moyens de poursuivre leurs activités. La dernière enquête nationale du Mouvement associatif, publiée le 22 octobre, confirme l’ampleur des difficultés. Parmi les associations employeuses interrogées, 56 % déclarent une baisse de leurs financements publics entre 2025 et 2026, contre 45 % lors de la période précédente. Près de deux tiers ont dû réduire ou annuler certaines activités, tandis que 30 % disposent de moins de trois mois de trésorerie.

Ces restrictions contraignent de nombreuses structures à revoir leurs priorités, parfois jusqu’à envisager des suppressions d’emplois. Pour leurs responsables, trouver de nouveaux financements devient une préoccupation permanente, au détriment du temps consacré aux projets et aux habitants.

Émilie Kuchel défend des aides plus stables, qui ne soient pas systématiquement conditionnées à la réalisation d’actions ponctuelles. “Il faut financer les associations pour ce qu’elles sont et pas uniquement pour les actions qu’elles mènent”, affirme l’élue brestoise.

La revendication engage directement les collectivités, partenaires financiers de nombreuses associations. Leurs propres contraintes budgétaires peuvent imposer des réductions de subventions, mais celles-ci ne sauraient être confondues avec des décisions destinées à sanctionner une prise de position.

“Elles doivent pouvoir proposer, interpeller les élus et, parfois, leur dire non”.

Le principe vaut pour toutes les majorités, y compris celles de gauche. Une municipalité peut soutenir une association sans partager ses positions, ni approuver ses critiques. L’indépendance associative n’a de sens que si elle résiste aussi aux désaccords avec ceux qui la financent.

L’argent public doit soutenir la vie associative, pas acheter la tranquillité des majorités.

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