Ce n’est plus un sujet que les maires peuvent tenir à distance. Ni un désordre relégué à quelques soirées agitées, à quelques quartiers, à quelques grandes villes. Les conduites addictives ont changé de visage. Elles se diffusent autrement, s’installent plus largement, se rappellent aux communes par mille signes épars : tensions sur l’espace public, inquiétudes des parents, dérives festives, présence de stupéfiants, usages problématiques des écrans, fragilités qui s’exposent de plus en plus tôt. C’est à cette réalité que répond la nouvelle édition du « Guide du maire face aux drogues et aux conduites addictives », publié par la MILDECA, en partenariat avec l’Association des maires de France.
Le guide part d’une réalité que les élus connaissent bien : celle du terrain. Il ne cherche pas à faire du maire un spécialiste de l’addictologie, ni à lui attribuer des responsabilités qui relèvent d’abord de l’État, de la justice, du soin ou de l’école. Mais il prend acte d’une évidence que beaucoup d’élus connaissent déjà : c’est à l’échelle communale que les effets finissent par apparaître. Dans les rues, aux abords des établissements scolaires, autour des équipements sportifs, lors des fêtes locales, dans les troubles du quotidien comme dans les inquiétudes plus sourdes. Et c’est bien souvent à la mairie que tout cela remonte en premier.
Longtemps, le paysage des addictions a semblé dominé par un trio bien identifié : alcool, tabac, cannabis. Il l’est encore, en partie. Mais cette photographie n’est plus suffisante. La cocaïne a cessé d’appartenir à quelques milieux seulement. Les drogues de synthèse progressent. Le protoxyde d’azote laisse derrière lui ses traces les plus visibles jusque sur les trottoirs de nombreuses communes. Quant aux écrans, aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo ou aux jeux d’argent, ils ont installé d’autres formes de dépendance dans la vie ordinaire, souvent chez des publics très jeunes. Les usages ne se concentrent plus dans quelques espaces bien délimités, ils traversent désormais tous les territoires, urbains comme ruraux.
L’intérêt de ce guide est aussi de rappeler que ces questions ne relèvent pas seulement de la santé publique. Elles touchent à la tranquillité publique, à la sécurité, à la jeunesse, à la vie festive, au lien social et jusqu’au cadre de vie lui-même. Les chiffres réunis dans le guide suffisent à mesurer l’ampleur du problème : le tabac demeure la première cause de mortalité évitable avec 68 000 décès par an, l’alcool en provoque 41 000 et reste fortement impliqué dans les violences ainsi que dans les accidents mortels de la route. Mais au-delà des bilans nationaux, ce sont surtout les répercussions locales qui intéressent les maires : désordres récurrents, mobilisations des forces de l’ordre, tensions de voisinage, dégradations, sentiment diffus qu’un seuil a été franchi.
C’est sans doute lorsqu’il aborde la jeunesse que le guide trouve son point le plus sensible. Il rappelle que les premières consommations surviennent tôt, que le cerveau poursuit sa maturation jusqu’à 25 ans, et que les usages précoces, comme l’exposition excessive aux écrans, peuvent laisser des traces durables sur les apprentissages, l’attention, l’équilibre psychique ou le parcours de vie. La prévention n’apparaît donc pas ici comme un supplément de discours, mais comme une nécessité. Non pour ajouter une campagne de plus, mais pour éviter que les difficultés ne s’installent avant même d’avoir été nommées.
À lire ce guide, une chose apparaît nettement : sur ces questions, la commune est déjà en première ligne. Le maire n’a pas la main sur tout, mais il n’est pas réduit au rôle de spectateur. Il peut agir sur l’encadrement de certains temps festifs, sur l’attention portée aux abords des lieux fréquentés par les jeunes, sur la manière dont la commune travaille avec les établissements scolaires, les associations, les services de l’État, les structures de soin, les familles. Surtout, il peut éviter que ces questions soient traitées uniquement dans l’urgence, au gré d’un incident, d’une bagarre ou d’une nuit de trop. Le texte défend au fond une idée simple : regarder lucidement ce qui se passe sur son territoire, admettre que les formes de dépendance ont changé, et cesser de considérer le sujet comme périphérique.
Le mérite de ce document est de nommer enfin ce que beaucoup d’élus éprouvent déjà sans toujours le formuler ainsi : les addictions ne sont plus un problème annexe. Elles travaillent la commune de l’intérieur, touchent à l’ordre public, à la jeunesse, à la vie festive, au lien social. Bref, à tout ce qui fait, ou défait, un territoire.
Le guide complet peut être consulté ci-dessous.


