Ce n’est qu’une circulaire. Trois pages signées du Ministère de l’Intérieur, datées du 2 février 2026, adressées aux préfets. Rien de spectaculaire.
Et pourtant.
À quelques semaines des municipales, le texte fixe les règles d’attribution des nuances politiques aux listes candidates. Un sujet technique en apparence. En réalité, une pièce centrale dans la manière dont les résultats seront interprétés.
Ce que vous choisissez… et ce qui vous sera attribué
Une liste choisit son étiquette.
La nuance, elle, ne dépend pas des candidat·es. Elle est attribuée par le préfet.
C’est cette nuance qui servira, le soir du scrutin, à agréger les résultats par « bloc » politique au niveau national. Elle conditionne la carte électorale qui s’affichera sur les plateaux télé. Elle alimente les analyses du lendemain. Autrement dit : elle façonne le récit.
Dans un département comme le Finistère, où beaucoup de listes sont issues de dynamiques locales plus que de logiques nationales, l’écart entre étiquette revendiquée et nuance attribuée peut devenir déterminant.
Le seuil des 3 500 habitants, toujours là
La circulaire maintient le seuil de 3 500 habitants pour l’attribution des nuances, comme en 2020. En dessous, pas de classement national par bloc, sauf pour les chefs-lieux d’arrondissement.
Cela signifie qu’une part importante des communes rurales ne sera tout simplement pas intégrée aux synthèses politiques nationales.
Deux réalités coexistent donc :
-
les communes visibles dans les totaux nationaux ;
-
celles qui disparaissent des radars statistiques.
Dans un territoire rural et littoral comme le nôtre, ce n’est pas anodin.
Investitures, alliances, « divers » : la mécanique préfectorale
Le texte prévoit 25 nuances correspondant aux grandes familles politiques.
Une liste investie officiellement par un parti disposant d’une nuance propre sera classée en conséquence. Une alliance formalisée pourra relever d’une « union de la gauche » ou d’une « union de la droite ».
Dans les autres cas, la liste basculera dans une catégorie de sensibilité : divers gauche, écologiste, extrême-gauche, etc.
Beaucoup d’équipes municipales fonctionnent pourtant sur des équilibres locaux, parfois sans investiture nationale formelle. Le risque est simple : se voir classé dans une catégorie qui ne reflète qu’imparfaitement la réalité politique du terrain.
Le soir du second tour, cela peut changer la lecture d’une victoire.
Un reclassement qui ne doit rien au hasard
La nouvelle grille de regroupement par blocs introduit un élément notable : La France insoumise est désormais intégrée au bloc « extrême-gauche ». En 2023, une circulaire l’avait classée dans la nuance gauche, position validée par le Conseil d’État en mars 2024.
Ce déplacement dans la grille nationale aura mécaniquement des effets sur l’agrégation des résultats et sur la lecture des alliances locales.
On peut considérer que ce n’est qu’un classement administratif. On peut aussi y voir un choix de cadrage politique.
Anticiper plutôt que découvrir
Pour les candidat·es aux municipales 2026, la question mérite d’être posée dès maintenant :
-
Faut-il rechercher une investiture formelle ?
-
Comment sécuriser le classement d’une liste d’alliance ?
-
Quelle nuance sera vraisemblablement attribuée ?
-
Comment sera interprété le résultat dans les analyses nationales ?
Les municipales restent des élections de proximité. Mais leur traduction statistique, elle, relève d’un autre niveau. Et ce niveau commence, souvent, par une circulaire que peu de gens lisent.
La circulaire du 2 février 2026 est consultable sur Légifrance.


