RSA EN FINISTÈRE : CE QUE FINISTÈRE & SOLIDAIRES AURA CONSTANTEMENT REFUSÉ

Diffusé le 31 mars, le document intitulé « Contre la politique du chiffre, pour une insertion réelle et durable », publié par Finistère & Solidaires, rassemble cinq années d’interventions sur le RSA en Finistère. Il donne à voir, dans la durée, la cohérence d’une opposition à une même orientation : celle d’une politique sociale de plus en plus ramenée vers le contrôle, le chiffre et la sanction.

Ce document que vient de publier Finistère & Solidaires, le groupe de gauche au conseil départemental du Finistère, ne vaut pas seulement comme récapitulatif de mandat. Il fixe, noir sur blanc, un désaccord politique de fond qui aura traversé tout le quinquennat départemental sur le RSA. Depuis 2021, le groupe dénonce le même basculement : celui d’une politique de solidarité progressivement rabattue sur une logique de contrôle. Ce qui se trouve rassemblé ici, ce ne sont donc pas seulement des communiqués, des interventions ou des prises de parole. C’est la continuité d’une opposition qui, année après année, aura contesté la manière dont l’exécutif a choisi de traiter la question sociale.

En 29 étapes, le document fait réapparaître ce que les chiffres ont souvent servi à recouvrir : le désaccord de fond sur le sens même d’une politique d’insertion. Interventions en séance, questions écrites, courriers publics, réunions, prises de position : tout converge vers une même idée. Une politique d’insertion ne se juge pas sérieusement à la seule baisse du nombre d’allocataires. Elle se juge à la qualité des parcours, à la solidité des sorties, à la capacité de l’action publique à desserrer les freins bien connus que sont la santé, le logement, la mobilité, la garde d’enfants, l’isolement ou la détresse psychique. Kévin Faure, président du groupe, le rappelle dès les premières pages : l’insertion ne se mesure pas à la vitesse des sorties, mais à la solidité des parcours.

C’est cette ligne qui donne sa tenue à l’ensemble. Dès décembre 2021, Finistère & Solidaires défend le projet Territoire zéro chômeur de longue durée de Saint-Thégonnec comme la preuve qu’aucune personne n’est inemployable dès lors que l’on part des besoins du territoire plutôt que des catégories administratives. Le Département, dans cette lecture, ne saurait se limiter à verser une allocation ou à surveiller son évolution. Il lui revient aussi de soutenir, d’inventer, d’impulser. Puis vient la critique de la logique de “coaching”, du recours à l’opérateur BimBamJob en Cornouaille, et plus largement d’une approche du retour à l’emploi jugée trop rapide, trop standardisée, trop peu attentive à ce qui entrave réellement les parcours. Le 29 juin 2022, David Le Goff le formule sans détour : la course aux résultats ne remplacera jamais un accompagnement social construit dans la durée.

Au fil des pages, le même point de friction revient. Quand la majorité départementale met en avant la baisse du nombre d’allocataires, Finistère & Solidaires demande ce que ces chiffres recouvrent réellement. Retours durables à l’emploi ? Radiations administratives ? Découragement ? Renoncements aux droits ? En janvier 2025, Tristan Foveau conteste le récit triomphaliste entourant la baisse des allocataires du RSA et ramène le débat à sa question la plus simple, et sans doute la plus décisive : parle-t-on de sorties de la pauvreté, ou d’une réduction administrative du nombre de bénéficiaires ?

Une ligne traverse ce document de bout en bout : la dénonciation d’une culture du chiffre. Finistère & Solidaires ne conteste ni le principe du contrôle ni la nécessité de lutter contre la fraude. Ce qui est visé ici, c’est autre chose : une politique qui, sous couvert d’efficacité, installe une suspicion permanente à l’égard des plus précaires, fragilise les partenaires historiques, réduit les marges de l’accompagnement social et déplace la solidarité du côté de la sanction. Cette critique court de l’édito aux annexes et trouve sa traduction la plus concrète dans les alertes répétées sur les contrôles, les radiations et leurs effets.

À l’automne 2024, le groupe revient ainsi sur une mécanique administrative capable de suspendre totalement une allocation pour une absence à un rendez-vous ou un manquement documentaire qui ne relève pas d’une fraude délibérée. Derrière ces décisions, ce sont des personnes déjà fragiles qui basculent vers les CCAS, l’aide alimentaire et les associations caritatives. Droit à l’erreur, système d’alerte, seconde chance : la séquence ramène au premier plan un rappel élémentaire, le RSA n’a pas été conçu comme un outil de radiation, mais comme un filet de sécurité.

Les missions locales occupent, elles aussi, une place centrale dans cette contre-lecture. Finistère & Solidaires y voit l’un des leviers les plus précieux de l’insertion, et l’un des plus exposés aux reculs du Département. À plusieurs reprises, le groupe dénonce la baisse du soutien apporté à ces structures pourtant décisives pour prévenir les ruptures précoces de parcours. En juin 2024, la même alerte revient : affaiblir les missions locales, c’est préparer davantage de précarité. La même inquiétude affleure lorsqu’il est question des ateliers d’insertion pour personnes en situation de handicap, des structures de remobilisation ou du tissu associatif de terrain, tous décrits comme affaiblis par les désengagements successifs.

Ce qui affleure au fil du document dépasse donc la seule critique d’une politique départementale. On y lit aussi une certaine manière d’occuper l’opposition. Non pas commenter à distance, mais tenir une ligne, demander des bilans, contester les conclusions trop rapides, exiger des évaluations qualitatives, maintenir du débat là où la majorité entend le refermer par les chiffres. C’est en cela, aussi, que ce texte a du relief : il ne cherche pas seulement à contester une séquence, mais à fixer ce qu’aura été, pendant tout le mandat, une résistance politique à une certaine façon d’administrer la question sociale.

Tout se joue peut-être ici : dans l’affirmation qu’à rebours de la ligne suivie, une autre politique pouvait être menée. Non une politique de l’indicateur et de la sanction, mais une politique qui ne confond pas accompagnement et surveillance, ne sacrifie pas les dispositifs de terrain à la logique des résultats immédiats, et ne traite pas la pauvreté comme un stock à faire baisser.

Derrière le RSA, ce n’est donc pas seulement une querelle sur des chiffres ou des procédures qui se dessine. C’est une conception du Département lui-même. Simple gestionnaire chargé de faire reculer une dépense, ou chef de file des solidarités capable d’assumer une politique d’insertion digne, territorialisée et durable ? C’est à cette hauteur que ce document entend replacer le débat. Et c’est bien ce qui le rend, au-delà du seul moment politique, digne d’attention.

Le document, dans son intégralité, est à consulter ci-dessous.

RSA Finistère & Solidaires
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