MUNICIPALES 2026 : FAUX COMPTES, DÉSINFORMATION… COMMENT SE PRÉMUNIR ?

À quelques jours des élections municipales, la campagne ne se déroule plus seulement dans les réunions publiques, les marchés ou les permanences électorales. Elle se joue aussi désormais dans l’espace numérique.

Mais cette visibilité a aussi son revers. Parmi les risques qui apparaissent régulièrement en période électorale figure l’usurpation d’identité numérique ou la diffusion de contenus trompeurs.

Les autorités parlent de « menace informationnelle » pour désigner ces opérations qui visent à manipuler ou amplifier certains contenus en ligne afin d’influencer le débat public. Ces pratiques peuvent prendre des formes très différentes : création de faux profils, imitation de médias, diffusion coordonnée de messages ou encore manipulation d’images et de vidéos.

Les élections constituent un moment de forte visibilité médiatique et d’intensité du débat public. Elles offrent donc un terrain propice à la diffusion de contenus trompeurs ou manipulés. Les opérations d’ingérence numérique peuvent chercher à atteindre plusieurs objectifs : décrédibiliser le processus électoral, polariser les débats autour de sujets clivants, nourrir la défiance envers les médias ou encore nuire à la réputation d’un candidat ou d’une liste.

Ces campagnes peuvent être planifiées, mais elles peuvent aussi prendre la forme d’actions opportunistes destinées à exploiter un événement ou une polémique locale.

Les modes opératoires observés ces dernières années sont multiples. Ils peuvent passer par l’usurpation d’identité d’une institution, d’un média ou d’une personnalité publique, la création de faux sites d’information imitant l’apparence de médias légitimes, ou encore l’utilisation de réseaux de comptes inauthentiques destinés à amplifier artificiellement certains contenus.

Cette exposition numérique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sur les réseaux sociaux. Une étude récente de l’Association des maires de France et du Cevipof indique que 28 % des maires déclaraient en 2025 avoir subi au moins une attaque à leur encontre sur les réseaux sociaux. Les chercheurs soulignent que ces plateformes peuvent amplifier rapidement des polémiques locales et transformer des conflits limités en controverses très visibles.

La diffusion d’images ou de vidéos sorties de leur contexte constitue également une pratique fréquente. Plus récemment, l’intelligence artificielle permet aussi de générer des contenus trompeurs, notamment des images ou des vidéos réalistes attribuant à une personne des propos qu’elle n’a jamais tenus.

À l’approche des élections municipales, un dispositif de suivi spécifique a également été mis en place au niveau national. Le réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), coordonné par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, réunit plusieurs institutions chargées de surveiller les tentatives d’ingérence numérique pendant la période électorale et publie régulièrement des points de situation sur l’état de la menace.

Pour autant, les analyses disponibles indiquent que l’impact de ces opérations reste généralement limité. Les bulletins publiés à ce stade ne font notamment état d’aucune opération visant directement la réputation d’un candidat ou d’un parti politique. Beaucoup de ces initiatives relèvent davantage de logiques opportunistes ou lucratives que d’une véritable tentative de déstabilisation massive du processus électoral. La vigilance reste néanmoins nécessaire, car la viralité des réseaux sociaux peut rapidement amplifier une information fausse ou trompeuse.

Quelques réflexes utiles pour les équipes de campagne

Face à ces situations, quelques précautions simples peuvent limiter les effets d’une manipulation numérique.

Il est d’abord utile de surveiller régulièrement la présence du nom de la liste ou de ses candidats sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche.

Lorsqu’un contenu douteux apparaît, il est recommandé de vérifier son origine avant toute réaction et, le cas échéant, de ne pas relayer une information manifestement trompeuse.

Les plateformes disposent aujourd’hui de procédures de signalement permettant de faire supprimer les comptes usurpant une identité ou les contenus contraires à leurs règles.

En cas de contenu manifestement illicite, un signalement peut également être effectué auprès de la plateforme PHAROS du ministère de l’Intérieur, ou auprès des services de police et de gendarmerie.

Lorsque la diffusion de contenus semble organisée depuis l’étranger, il est également possible de contacter le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, Viginum.

Un guide de sensibilisation destiné aux équipes de campagne a également été diffusé par ce service afin de présenter les principales formes de manipulation de l’information en période électorale et les réflexes à adopter face à ce type de situation.

À quelques jours du scrutin municipal, ces situations restent heureusement rares. Mais elles rappellent que la campagne électorale se déroule désormais aussi dans l’environnement numérique, où la vigilance et la réactivité sont devenues des réflexes indispensables pour préserver la clarté du débat démocratique.

Pour aller plus loin

Le guide de sensibilisation à la menace informationnelle en contexte électoral est consultable ci-dessous.

Protection du débat public numérique

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