PAUVRETÉ EN HAUSSE DEPUIS 2017 : LES SOCIALISTES DEMANDENT DES COMPTES

Les députés socialistes veulent obtenir une commission d’enquête sur l’augmentation de la pauvreté depuis 2017. À l’Assemblée, il s’agira de remonter le fil des réformes économiques et sociales de ces dernières années. Dans les communes, le sujet a déjà un visage : celui des habitants qui viennent chercher une aide, une explication, parfois simplement un interlocuteur.

La pauvreté n’arrive pas toujours avec fracas. Elle s’installe dans les restes à vivre, dans les factures repoussées, dans les dossiers que l’on finit par abandonner. Elle se devine dans une demande au CCAS, dans un rendez-vous pris trop tard, dans une permanence d’élu où l’on vient moins réclamer qu’avouer que l’on n’y arrive plus.

C’est cette France-là que les députés socialistes veulent placer sous le regard d’une commission d’enquête. Le groupe Socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale a annoncé son intention d’utiliser son droit de tirage annuel pour enquêter sur les causes et les conséquences de l’augmentation de la pauvreté depuis 2017.

La proposition de résolution a été déposée le 23 avril 2026 par le député socialiste Gérard Leseul, puis renvoyée à la commission des affaires sociales. Selon les socialistes, la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale a validé la démarche. Un vote formel doit encore permettre la constitution effective de la commission.

Le point de départ est connu, mais il demeure brutal. En 2023, selon l’Insee, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine, soit 15,4 % de la population. C’est le niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique, en 1996. En 2017, elles étaient environ 8,6 millions. En six ans, près de 1,2 million de personnes supplémentaires sont passées sous le seuil de pauvreté.

Les socialistes veulent regarder de près ce qui, dans les choix publics de ces dernières années, a pu nourrir cette dégradation. Ils citent la baisse des APL, les réformes successives de l’assurance chômage, le report de l’âge légal de départ à la retraite, mais aussi la dématérialisation des démarches administratives. Derrière ce dernier mot, très technocratique en apparence, beaucoup d’élus locaux connaissent des situations très ordinaires : une plateforme incomprise, un justificatif impossible à transmettre, un mot de passe oublié, un droit qui existe mais auquel on renonce faute d’aide pour y accéder.

La situation des travailleurs seniors et des personnes âgées figure parmi les angles retenus par les députés socialistes. Ils avancent notamment une hausse de 3,4 points du taux de pauvreté des plus de 65 ans entre 2017 et 2023. Cette donnée devra être lue avec précision, car l’Insee souligne aussi la vulnérabilité particulière des familles monoparentales, des enfants et des jeunes adultes. Mais le signal politique est là : la pauvreté ne se laisse plus enfermer dans les catégories habituelles. Elle gagne des publics que l’on croyait moins exposés.

Une commission d’enquête n’est pas un communiqué de plus. Une fois installée, elle pourra entendre sous serment, demander des documents, conduire des investigations sur pièces et sur place. Les socialistes veulent aller vite, avec un rapport attendu à la fin octobre ou au début novembre. L’objectif affiché est de comprendre les mécanismes à l’œuvre et de formuler des recommandations.

Pour les communes, le sujet n’a rien d’extérieur. Elles ne décident pas des grandes réformes sociales. Elles ne fixent ni le montant des pensions, ni les règles de l’assurance chômage, ni les conditions d’accès aux allocations. Mais elles sont là quand les habitants ne savent plus à quelle porte frapper.

Dans un CCAS, une mairie ou un espace France services, personne ne parle de “taux de pauvreté”. On parle d’une facture à tenir, d’un dossier CAF bloqué, d’un plein d’essence devenu trop cher, d’un logement que l’on chauffe moins. On parle aussi de personnes qui attendent longtemps avant de demander de l’aide, par pudeur, par lassitude ou parce qu’elles ne savent plus à qui s’adresser.

C’est sans doute là que l’angle local devient essentiel. Quand les services se déplacent ou disparaissent, quand les démarches se font à distance, quand les dispositifs s’empilent sans être lisibles, la commune reste souvent l’adresse la plus proche. Pas toujours celle qui a la solution. Mais celle où l’on tente encore de trouver quelqu’un.

Dans le Finistère, comme ailleurs, la question sociale ne se limite pas aux grandes villes. Elle traverse les bourgs, les petites communes littorales, les territoires ruraux, les zones périurbaines. Elle se voit différemment selon les endroits, parfois de manière plus discrète. Mais elle existe dans les budgets serrés, dans la dépendance à la voiture, dans l’éloignement des soins, dans l’isolement des personnes âgées, dans les charges contraintes qui mangent peu à peu le revenu disponible.

La commission d’enquête voulue par les députés socialistes ne dira pas aux élus locaux ce qu’ils savent déjà. Elle peut en revanche donner une portée nationale à ce qu’ils observent souvent seuls, dossier après dossier, permanence après permanence. Elle peut aussi poser une question politique que les communes connaissent bien : que vaut un droit lorsqu’il devient trop compliqué d’y accéder ?

En demandant des comptes sur l’évolution de la pauvreté depuis 2017, les socialistes ouvrent un débat sur les responsabilités de l’État, sur les effets des réformes et sur les angles morts des politiques publiques. Pour les élus de terrain, ce débat mérite d’être suivi. Non par intérêt parlementaire seulement, mais parce qu’il touche à ce qu’ils voient monter, depuis plusieurs années, au plus près des habitants.

Les communes savent faire beaucoup avec peu : orienter, accompagner, trouver une solution provisoire, éviter qu’une situation ne se dégrade trop vite. Mais elles ne peuvent pas devenir, à elles seules, le service après-vente de politiques sociales décidées ailleurs. Si la pauvreté progresse, il est légitime d’en chercher les causes là où les choix ont été faits.

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