CANON FRANÇAIS : JEAN-LUC FICHET ALERTE SUR L’INTIMIDATION DES MAIRES

À Quimper, Isabelle Assih a dit non. Non à l’accueil d’un banquet du Canon français dans un équipement dépendant de la collectivité. Non à la banalisation d’un événement dont l’arrière-plan politique ne peut plus être regardé comme un simple folklore de nappes à carreaux, de vin rouge et de chansons françaises.

Depuis, la maire de Quimper fait face à ce que trop d’élus connaissent désormais : une vague d’insultes, de menaces, de propos racistes et de violences en ligne. Pour avoir pris une décision municipale. Pour avoir exercé une responsabilité d’élue. Pour avoir refusé qu’une salle publique puisse servir de décor à une opération dont les signaux politiques sont aujourd’hui largement documentés.

Ce mercredi 6 mai, au Sénat, Jean-Luc Fichet a porté le sujet devant le Gouvernement. Non pas comme une polémique de plus, mais comme un signal d’alerte lancé au nom des élus locaux : quand un maire refuse de prêter la main à la banalisation de l’extrême droite, qui se tient à ses côtés ?

Les banquets du Canon français ne surgissent pas de nulle part. Plusieurs enquêtes ont montré comment ces grands repas, présentés comme des célébrations du terroir et de la convivialité, s’inscrivent désormais dans un environnement politique beaucoup plus marqué. Le Monde a notamment documenté le passage de ces banquets sous le pavillon de Pierre-Édouard Stérin, via Odyssée Impact, dans le cadre d’une stratégie d’influence assumée à droite et à l’extrême droite. Loin d’être un simple acteur de l’événementiel festif, le Canon français s’inscrit ainsi dans une bataille d’influence qui cherche aussi ses points d’appui dans les territoires.

À Caen, France Inter a rapporté des propos racistes et des gestes s’apparentant à des saluts nazis lors d’un banquet organisé en avril. Ces faits, désormais au cœur de nombreux signalements, donnent une autre lumière aux décisions prises localement par les maires confrontés à l’accueil de ces événements.

À Quimper, la décision d’Isabelle Assih a suffi à faire tomber le vernis convivial. Le banquet prévu au parc des expositions a été suspendu, alors que 1 200 billets avaient déjà été vendus, selon Le Parisien. Restait alors le fond du sujet : une maire prise pour cible pour avoir dit non.

C’est ce basculement que Jean-Luc Fichet a voulu mettre au centre du débat. Le sujet n’est plus seulement celui d’un banquet contesté. Il est celui de la protection des élus de la République lorsqu’ils deviennent des cibles pour avoir tenu une ligne républicaine.

Dans sa réponse, le ministre de l’Intérieur a condamné les attaques visant Isabelle Assih et rappelé que l’interdiction préfectorale d’un rassemblement suppose un risque caractérisé de trouble à l’ordre public. Mais cette réponse laisse entière la question posée par le sénateur du Finistère : les maires peuvent-ils être renvoyés seuls à l’appréciation du risque, seuls face aux pressions, seuls face aux campagnes de haine ?

Jean-Luc Fichet l’a rappelé après la réponse ministérielle : sous couvert de convivialité, ces rassemblements peuvent devenir le lieu de dérives graves. Les témoignages faisant état de propos racistes, de références nazies ou de gestes interdits ne peuvent être traités comme de simples débordements de fin de soirée. Ils appellent une vigilance républicaine, et surtout un appui clair de l’État.

C’est là que se joue l’essentiel : un maire n’est pas un fusible. Un maire n’a pas à payer seul le prix politique, personnel et parfois sécuritaire d’une décision prise pour protéger sa commune. Lorsque des élus locaux refusent de banaliser la haine, ils ne doivent pas découvrir, une fois la décision prise, que le soutien de l’État arrive trop tard, trop faiblement, ou seulement après la déferlante.

C’est le sens de l’intervention de Jean-Luc Fichet : rappeler qu’un maire ne devrait jamais avoir à porter seul le coût politique et personnel d’une décision prise au nom des principes républicains.

À Quimper, Isabelle Assih a fermé une porte. Au Sénat, Jean-Luc Fichet a demandé que l’État cesse de regarder les maires tenir la poignée seuls.

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