POLITIQUE DE LA VILLE : MORLAIX DÉFEND LE CHOIX DE LA MIXITÉ SOCIALE

Il y a des territoires où la pauvreté entre dans les cases, et d’autres où elle existe sans ouvrir les mêmes droits. C’est le point soulevé par Jean-Paul Vermot, lundi 29 juin, lors du conseil communautaire.

Derrière les subventions examinées ce soir-là, l’agglomération a rouvert un débat plus ancien : celui d’une ville où les fragilités sociales demeurent, mais qui ne bénéficie plus des mêmes soutiens depuis sa sortie de la politique de la ville. Le président de Morlaix Communauté l’a rappelé devant les élus communautaires : l’État reconnaît mieux la pauvreté lorsqu’elle se concentre dans un quartier identifié que lorsqu’un territoire a cherché à préserver la mixité sociale.

“C’est la prime aux mauvais élèves !” Dans le débat sur les subventions sociales, la phrase de Jean-Paul Vermot dit l’agacement de l’agglomération : Morlaix a évité de concentrer la pauvreté dans un quartier unique, et c’est précisément ce choix qui la rend aujourd’hui moins visible dans les critères d’aide. Les besoins n’ont pas disparu ; ils sont simplement moins bien reconnus.

La situation morlaisienne tient précisément à ce décalage. Morlaix ne relève plus des dispositifs de la politique de la ville, mais les habitants accompagnés n’ont pas changé d’adresse. Des secteurs restent repérés par l’ancien contrat de veille active, et Morlaix Communauté continue d’y financer des actions sociales d’intérêt communautaire. Le zonage s’est retiré avant que les besoins ne reculent.

Mais l’agglomération refuse d’en rester au constat : le conseil communautaire a engagé 63 300 € au titre de la “Politique sociale renforcée” 2026. Ces crédits financent ce qui, sur le terrain, absorbe une part croissante des fragilités sociales : accompagnement des familles, accès aux droits, aide aux victimes, jeunesse, vie sociale, alimentation, santé mentale, culture pour tous. Avec la CAF et la Ville de Morlaix, 86 100 € sont mobilisés à ce stade. L’effort pourrait être porté plus loin dès le bureau communautaire du 6 juillet prochain : si la proposition est confirmée, la participation communautaire atteindra 88 000 €, pour 113 000 € tous financeurs confondus.

C’est aussi pour cela que le cas parlera à d’autres élus. Beaucoup connaissent ce décalage entre les critères nationaux et ce qui remonte du terrain : des demandes éparses, des associations sollicitées, des services sous tension. La pauvreté diffuse se voit mal sur une carte, mais elle pèse chaque jour sur les collectivités et les acteurs locaux.

À Morlaix, la sortie de la politique de la ville n’a pas fait disparaître les fragilités sociales ; elle leur a surtout fermé une partie des portes. C’est toute l’ironie du dossier : la ville a évité de laisser se former un quartier de relégation, et se retrouve aujourd’hui moins lisible pour des dispositifs qui préfèrent les périmètres nets.

Le sujet n’est donc pas de retirer des moyens aux quartiers les plus pauvres, mais de refuser qu’un territoire soit moins soutenu pour avoir évité de concentrer les difficultés.

Morlaix a choisi de ne pas faire de la pauvreté un quartier à part ; elle refuse aujourd’hui d’en payer le prix.

Posted in Actu, Le zoom du département.