RIPOST : DE L’ORDRE PUBLIC AUX BUDGETS COMMUNAUX

Rassemblements festifs illégaux, rodéos motorisés, occupations de terrains, protoxyde d’azote, vidéoprotection : la loi RIPOST mêle des sujets très différents sous une même bannière, celle de l’ordre public et de la tranquillité. Promulgué le 18 août 2026, le texte comporte plusieurs dispositions qui concernent directement les communes et les intercommunalités. Il a aussi suscité de fortes réserves, notamment chez les députés socialistes, avant d’être partiellement censuré.

Avec ses 69 articles, la loi RIPOST embrasse large. Elle touche au droit pénal, aux pouvoirs du préfet, aux procédures de contrôle, à la sécurité routière ou encore aux usages détournés du protoxyde d’azote.

Pour les collectivités, quelques articles appellent une attention particulière. Ils ne leur attribuent pas de nouveaux pouvoirs de police, qui restent pour l’essentiel du ressort de l’État ou de l’autorité judiciaire, mais ils modifient la manière dont certaines situations pourront être prises en charge et, dans certains cas, financées.

Quand un rassemblement illégal laisse aussi une facture

C’est sans doute le point le plus immédiatement lisible pour les élus locaux.

La loi durcit le régime des rassemblements festifs à caractère musical organisés dans des lieux qui ne sont pas aménagés à cette fin. La déclaration préalable concerne ceux susceptibles de réunir plus de 250 personnes. L’organisation sans déclaration, sur la base d’informations volontairement inexactes ou malgré une interdiction administrative est plus lourdement sanctionnée. La participation à un rassemblement dont le caractère illégal a été rendu public devient elle aussi un délit.

Mais la nouveauté la plus directement liée aux collectivités se trouve ailleurs : les personnes physiques ou morales reconnues responsables devront rembourser les dépenses supplémentaires engagées par les collectivités en raison du rassemblement. Les conditions de ce remboursement seront fixées par décret en Conseil d’État.

La loi prévoit aussi une responsabilité solidaire pour les dommages causés lorsque le rassemblement s’est tenu sans déclaration, malgré une interdiction ou sans l’accord du propriétaire. Les responsables devront remettre le terrain ou le local en état ; le propriétaire ou l’exploitant pourra demander réparation devant la juridiction pénale.

Pour une commune qui doit mobiliser des agents, nettoyer un site, réparer des dégradations ou assurer une remise en état, la question financière est loin d’être marginale.

Les députés Socialistes et apparentés ont toutefois contesté la rédaction retenue pour ces rassemblements. Dans leur saisine du Conseil constitutionnel, ils jugeaient notamment incertain le seuil d’un événement “susceptible de réunir plus de 250 personnes” et trop large la notion de contribution “directe ou indirecte ” à son organisation. Ils contestaient aussi le niveau des peines prévues pour les organisateurs et les participants.

Rodéos : des peines plus lourdes, mais une limite posée sur les véhicules

La loi augmente également les sanctions visant certains rassemblements motorisés.

Organiser un rassemblement de véhicules dans un lieu non spécialement aménagé, en violation d’une interdiction de police administrative, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. La participation à un rassemblement déclaré illégal est passible de 5 000 euros d’amende, avec une amende forfaitaire de 300 euros.

Le Parlement avait prévu d’aller plus loin pour certains véhicules immobilisés et placés en fourrière. Cette partie du texte n’a pas été conservée. Le Conseil constitutionnel a estimé que la destruction d’un véhicule sans délai ni possibilité suffisante pour le propriétaire de faire valoir ses droits portait une atteinte excessive au droit de propriété, d’autant que ce propriétaire pouvait ne pas être l’auteur du rodéo.

Stationnements illicites : la mise en demeure pourra suivre le déplacement

Autre partie du texte à regarder de près : les dispositions relatives aux stationnements illicites des gens du voyage.

Dans le cadre de la procédure prévue par la loi du 5 juillet 2000, les branchements non autorisés aux réseaux publics ou privés d’eau ou d’électricité sont désormais considérés comme une atteinte à la sécurité publique. L’occupation en réunion, sans titre, d’un terrain dépourvu de système de collecte des déchets en vue d’y établir une habitation est, elle, rattachée à la salubrité publique.

La loi modifie surtout la portée d’une mise en demeure déjà notifiée. Si, dans les quatorze jours, la résidence mobile se retrouve en stationnement illicite sur le territoire de la même commune ou de l’EPCI concerné et provoque la même atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques, cette mise en demeure reste applicable.

Les députés socialistes avaient demandé la censure de plusieurs dispositions de ce volet, qu’ils estimaient discriminatoires et disproportionnées. Leur recours visait notamment l’augmentation des amendes, les nouvelles circonstances aggravantes, les branchements aux réseaux et l’allongement des effets de la mise en demeure.

Protoxyde d’azote : des sanctions nouvelles et une incidence sur les recettes locales

Le protoxyde d’azote occupe une place importante dans la loi. Détention, transport, inhalation, provocation à l’usage ou conduite après consommation : le texte multiplie les infractions et augmente plusieurs sanctions.

Il ouvre aussi la possibilité d’une fermeture administrative d’un établissement commercialisant du protoxyde d’azote ou des produits destinés à en faciliter l’extraction, lorsque les conditions prévues par le code de la santé publique ne sont pas respectées et que le mésusage est susceptible de provoquer des troubles graves à l’ordre public. Sauf urgence ou circonstances exceptionnelles, une mise en demeure préalable d’au moins quarante-huit heures est prévue. La fermeture peut durer un mois et, en cas de réitération, être portée à six mois.

Le Code général des collectivités territoriales est également modifié pour y faire figurer le produit de certaines amendes prévues par le code de la santé publique en matière de protoxyde d’azote. Les modalités doivent être précisées par décret.

La vidéoprotection algorithmique s’installe dans la durée

La loi prolonge jusqu’au 31 décembre 2030 l’expérimentation des traitements algorithmiques appliqués à certaines images de vidéoprotection, mise en place à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques.

Ces traitements peuvent être autorisés pour prévenir des actes de terrorisme ou des atteintes graves à la sécurité des personnes, notamment lors de manifestations sportives, récréatives ou culturelles particulièrement exposées, mais aussi dans certains bâtiments et lieux ouverts au public.

Les députés socialistes avaient demandé la censure de cette prolongation. Ils mettaient en doute l’utilité du dispositif au regard de ses résultats et soulignaient les risques pour la vie privée et les libertés exercées dans l’espace public.

La mesure a été maintenue, mais avec des réserves. Pour certains bâtiments, la durée de l’autorisation ne pourra pas excéder trois mois. La procédure d’urgence permettant l’usage de caméras aéroportées, notamment sur des drones, devra elle aussi respecter une durée proportionnée à la situation qui la justifie.

Les socialistes ont contesté le choix d’une sanction toujours plus rapide

L’une des deux saisines adressées au Conseil constitutionnel a été déposée le 24 juillet par Boris Vallaud, président du groupe Socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale.

Le recours ne remettait pas en cause le principe même d’une intervention du législateur. Sur les rassemblements festifs, les députés reconnaissaient par exemple qu’il appartenait au Parlement de les encadrer et, le cas échéant, d’augmenter les peines. Ils contestaient en revanche leur proportionnalité et certaines définitions retenues par la loi.

Leur critique portait plus largement sur la place grandissante des amendes forfaitaires délictuelles. Ces AFD permettent de sanctionner certains délits sans audience préalable devant une juridiction. Les députés socialistes alertaient sur les difficultés de contestation, la hausse des montants et les conséquences d’une inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire.

Au total, le Conseil constitutionnel a censuré sept dispositions sur le fond et cinq articles supplémentaires faute de lien suffisant avec le texte initial. Plusieurs autres dispositions ont été maintenues avec des réserves d’interprétation.

La loi est désormais promulguée, mais toutes ses conséquences ne sont pas encore connues. Plusieurs décrets restent attendus, notamment sur le remboursement des dépenses supplémentaires engagées par les collectivités à la suite de certains rassemblements et sur la répartition du produit des amendes liées au protoxyde d’azote.

Pour les communes et les intercommunalités, c’est sans doute là que se jouera une partie de la suite : dans l’écart entre une loi qui alourdit fortement les sanctions et les conditions dans lesquelles ses dispositions pourront réellement être appliquées localement.

Posted in Actu, Actualités, Dossiers Thématiques, Sécurité.