AFPA DE MORLAIX : D’UN CENTRE À UNE ANTENNE, CE QUE LE TERRITOIRE RISQUE DE PERDRE

À Morlaix, l’AFPA pourrait bientôt n’être plus qu’une antenne. Plusieurs formations disparaîtraient du site et une large majorité des postes sont menacés, alors même que des centaines de stagiaires y sont encore accueillis cette année. La restructuration a fait réagir bien au-delà du centre, jusqu’à rassembler plusieurs dizaines d’élus autour de son maintien. Et elle remet au premier plan une question déjà posée à l’État : celle du maillage territorial de l’AFPA.

À Morlaix, les salariés savent désormais à quoi s’en tenir : sur dix-neuf postes, treize sont menacés. Selon leurs représentants, trois formateurs resteraient sur place, deux seraient détachés à Brest et un à Saint-Brieuc. Le mot “antenne” dit mal l’ampleur du changement : bois, électricité, carrelage, mécanique moto, maçonnerie, couverture, plusieurs formations ne seraient plus assurées à Morlaix. Une part importante concerne le bâtiment, qui figure toujours parmi les domaines de formation proposés par le centre, aux côtés notamment de l’industrie, du commerce et des fonctions administratives.

320 stagiaires depuis janvier

Pendant que se négocie l’avenir du site, les formations continuent : 320 personnes se sont inscrites à Morlaix depuis le début de l’année, 160 ont déjà terminé leur parcours et autant sont entrées en formation en septembre. La direction assure que ces dernières pourront aller jusqu’au bout, les premiers licenciements ne devant pas intervenir avant l’été 2027. Le centre affiche par ailleurs 81,4 % de réussite aux formations, 69,2 % d’accès à l’emploi dans les six mois et 93,5 % de stagiaires satisfaits.

Des résultats qui n’effacent pas une autre réalité, rappelée par les représentants du personnel : certains stagiaires n’ont pas le permis et disposent de très faibles ressources. Pour eux, transférer une formation à Brest ou à Saint-Brieuc ne revient pas simplement à changer de centre. Quelques dizaines de kilomètres peuvent suffire à compliquer sérieusement un parcours de formation.

Les 26 maires écrivent au Gouvernement

L’annonce a rapidement dépassé les murs de l’AFPA. Dans un courrier adressé le 1er octobre aux ministres du Travail et de la Formation professionnelle, 46 élus demandent le maintien du centre et de son offre qualifiante. Maires, présidents d’intercommunalités, élus départementaux et régionaux, parlementaires : les signatures dessinent une mobilisation qui déborde largement les frontières de Morlaix Communauté.

Jean-Paul Vermot connaît bien la maison : avant d’être maire de Morlaix et président de Morlaix Communauté, il a dirigé le centre AFPA de Morlaix de 2014 à 2020. Une expérience qui donne un relief particulier à sa défense du site, dont il souligne le rôle auprès de ceux qui viennent y chercher une qualification ou un emploi, comme auprès des entreprises en quête de compétences.

D’autres élus avaient déjà interpellé l’État : les conseillers départementaux Gaëlle Zaneguy, Ismaël Dupont, Joëlle Huon et Pierre Le Goff avaient demandé des garanties sur l’avenir du site et une concertation avec les collectivités, les entreprises et les représentants du personnel.

Mélanie Thomin avait interrogé le Gouvernement dès 2023

L’alerte, elle, ne date pas de l’annonce de septembre. Le 9 mai 2023, Mélanie Thomin interrogeait le Gouvernement sur la situation de l’AFPA, ses difficultés financières, le poids de son patrimoine immobilier ainsi que les fermetures de sites et les licenciements intervenus les années précédentes. La députée socialiste du Finistère demandait alors quelles mesures l’État comptait prendre pour assurer la pérennité de l’établissement et préserver son rôle d’intérêt public. La question restera sans réponse jusqu’à sa clôture, le 11 juin 2024, avec la fin de la législature.

Mélanie Thomin revient sur le sujet le 15 juillet 2025 : près de 93 000 personnes ont été formées par l’AFPA en 2024, dont 50 000 demandeurs d’emploi, dans plus de 120 centres, rappelle-t-elle avant d’interroger cette fois le Gouvernement sur le maintien des missions, des emplois et du “maillage territorial”. La réponse, publiée le 28 juillet 2026, confirme la transformation de l’établissement dans un contexte de maîtrise des finances publiques et de recherche d’efficacité des opérateurs de l’État, tout en assurant que ses missions ne sont pas remises en cause. Quelques semaines plus tard, Morlaix apprend que son centre doit fermer pour laisser place à une antenne aux activités réduites.

Un centre en moins, une antenne à la place

La réorganisation présentée par l’AFPA s’inscrit dans la trajectoire fixée avec l’État pour les prochaines années, avec l’objectif de retrouver un équilibre financier d’ici 2029. Morlaix n’est d’ailleurs pas un cas isolé en Bretagne : Saint-Malo et Brec’h, près d’Auray, sont également concernés par la réorganisation. À Morlaix, où un peu moins de 30 % du chiffre d’affaires serait absorbé par les charges immobilières, le centre laisserait place à une antenne aux activités fortement réduites.

Après soixante-dix-sept ans de présence à Morlaix, la question n’est donc pas seulement de savoir si l’AFPA restera. Elle est de savoir ce qu’il en restera…

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