Quimperlé, cinq équipements publics du centre-ville doivent demain partager le même réseau de chaleur. Les travaux ont commencé en septembre, pour une première fourniture attendue en 2027-2028, après plusieurs années consacrées à vérifier une équation simple sur le papier mais décisive dans les faits : les consommations étaient-elles assez importantes, et les bâtiments assez proches, pour justifier un réseau commun ? L’étude de faisabilité en a testé le tracé comme la viabilité économique ; le chantier en est aujourd’hui la traduction.
Le 7 septembre, les entreprises ont commencé à poser les premières canalisations. Cinq bâtiments publics doivent être raccordés, dont un collège, une école, la médiathèque-ludothèque et la Maison de l’habitat. Leur proximité est au cœur du projet : elle permet de réunir autour d’une même production des besoins jusqu’ici traités séparément.
Une étude confiée au bureau ABEE avait identifié les principaux consommateurs du périmètre, testé un premier tracé et examiné la viabilité économique du réseau. Présentées au conseil municipal en 2023, ses conclusions faisaient apparaître la possibilité d’une chaleur moins coûteuse que celle produite au gaz. Une estimation prévisionnelle, bien sûr, mais suffisamment favorable pour poursuivre le projet.
La taille de la commune n’est donc pas, à elle seule, le bon indicateur. Pour un réseau de chaleur, la concentration des besoins et la distance entre les bâtiments comptent tout autant : quelques consommateurs importants réunis sur un périmètre resserré peuvent suffire à rendre un projet pertinent. Pour les collectivités qui voudraient tester cette hypothèse chez elles, France Chaleur Urbaine permet déjà de repérer les principaux consommateurs de gaz ou de fioul, d’esquisser un tracé et d’en mesurer la densité thermique.
Une fois le potentiel établi, restait à savoir qui financerait, construirait puis exploiterait le réseau sur la durée. Quimperlé a choisi une délégation de service public de trente ans confiée à la Société publique locale Bois Énergie Renouvelable, dont la Ville est actionnaire depuis 2022. La SPL prend en charge la conception, la réalisation, l’exploitation, la maintenance et l’approvisionnement en bois ; le contrat prévoit que l’équilibre financier de la délégation repose sur le délégataire, la commune réglant pour sa part la chaleur consommée par ses équipements tout en conservant le contrôle du service.
Le montage répond à une difficulté familière à de nombreuses communes : un réseau de chaleur ne demande pas seulement un investissement, mais aussi de l’ingénierie technique, financière et juridique pendant plusieurs décennies. À Quimperlé, le recours à un outil détenu par des collectivités permet de ne pas faire porter directement l’investissement par la commune, tout en maintenant la maîtrise publique du service. C’est l’un des arguments qui avaient conduit le conseil municipal à retenir cette formule en 2023. L’Ademe place d’ailleurs les étapes dans cet ordre pour ses aides 2026 à la chaleur biomasse : réduire d’abord les besoins, étudier ensuite leur mutualisation, puis dimensionner l’installation de production. Une logique qui ramène le choix énergétique à une question préalable : quels besoins a-t-on réellement intérêt à réunir ?
Cette orientation s’inscrit dans la durée puisque, dès la fin de 2022, l’équipe municipale conduite par Michaël Quernez associait déjà photovoltaïque et réseaux de chaleur ; depuis, près de 500 panneaux ont été installés sur quatre bâtiments communaux et sont tous en service depuis janvier 2025, pour une production annuelle estimée à 208 900 kWh. La Ville évalue désormais cette production renouvelable à l’équivalent de 4,5 % de sa consommation énergétique totale et vise 21 % à l’horizon 2030. Les deux réseaux de chaleur biomasse prévus à Quimperlé, celui du centre-ville et celui du secteur hospitalier, doivent apporter environ 800 000 kWh supplémentaires et prendre une part importante dans cette progression.
À Quimperlé, la chaufferie n’a donc pas été pensée seule : sa pertinence tient aux besoins que l’étude a permis de rapprocher autour d’un même réseau. C’est peut-être là que le projet dépasse le seul cas quimperlois : dans la capacité à faire de bâtiments différents, de consommations séparées et de plusieurs acteurs publics une même politique énergétique.


