CANICULES : LES MAIRES NE PEUVENT PAS ADAPTER LES COMMUNES AVEC DES CRÉDITS EN RECUL

La canicule a rattrapé le gouvernement au Sénat. Mercredi, alors que la France traversait un épisode de chaleur exceptionnel, Monique Barbut a été interrogée à plusieurs reprises sur les moyens donnés aux maires pour adapter leurs communes. La ministre de la Transition écologique a reconnu que les collectivités, en particulier les plus petites, étaient “très démunies” face aux investissements à engager, allant jusqu’à évoquer un “mur d’investissements” pour l’État, les territoires et les particuliers.

Difficile, dans ces conditions, de passer sous silence la baisse du Fonds vert.

Créé en 2023 avec une enveloppe initiale de 1,5 milliard d’euros, puis porté à près de 2,5 milliards, le Fonds vert tombe à 837 millions d’euros en 2026, au moment même où les communes doivent accélérer leurs travaux d’adaptation.

Les collectivités s’en sont pourtant largement saisies : plusieurs milliers de projets locaux ont été financés, notamment pour la rénovation énergétique des bâtiments publics, la renaturation des villes et villages ou l’adaptation d’équipements. En 2025, les crédits disponibles ont été presque entièrement consommés. La baisse de l’enveloppe intervient donc alors que le dispositif était utilisé et que les besoins remontaient déjà fortement du terrain.

Face aux critiques, la ministre a annoncé que 50 % des crédits restants seraient désormais fléchés en priorité vers les collectivités de petite taille, pour financer des travaux d’adaptation et de rénovation énergétique. Un ciblage utile pour les petites communes, souvent moins dotées en ingénierie et plus exposées au poids du reste à charge.

Le fléchage annoncé vers les petites collectivités marque une inflexion, mais il porte sur une enveloppe réduite. Pour les communes qui avaient déjà travaillé un projet, parfois avec leurs services, un bureau d’études ou des partenaires financiers, l’incertitude sur l’aide peut suffire à décaler le calendrier, revoir l’opération ou la repousser.

Sur les écoles, la ministre a été contrainte de bouger. Alors que les aides à la rénovation énergétique excluent encore certains systèmes de climatisation électrique, Monique Barbut a admis qu’il faudrait climatiser dans certains cas. Une réponse qui laisse entière la question essentielle pour les communes : qui paiera, et sur quelles bases ?

Reste que la climatisation ne règle pas tout. Elle pourra être nécessaire, notamment dans les écoles, les crèches ou les lieux accueillant des publics fragiles. Mais, pour beaucoup de communes, l’adaptation passera aussi par l’isolation, la ventilation, les protections solaires, l’ombrage, la végétalisation, la désimperméabilisation des cours d’école ou une autre organisation des locaux en période de forte chaleur. Ce sont des travaux à programmer, pas des réponses à improviser au moment de l’alerte.

Autre sujet remonté par les sénateurs : les contraintes patrimoniales. Dans certains secteurs protégés, des stores ou des volets peuvent encore être refusés au nom de la protection du bâti. La question se pose désormais autrement lorsque les bâtiments accueillent des enfants, des agents ou du public en pleine canicule.

La réponse gouvernementale sur les montages financiers a, elle aussi, laissé les sénateurs dubitatifs. Faire avancer les fonds par des établissements financiers, puis rembourser grâce aux économies d’énergie, peut fonctionner pour certains projets. Mais ce type de solution suppose des études solides, une ingénierie financière, une capacité de négociation et un suivi dans la durée. Toutes les communes ne disposent pas de ces moyens, pour les plus petites, la difficulté n’est pas seulement de trouver une idée de financement ; c’est de pouvoir la porter.

Dans le Finistère, l’alerte rouge a aussi obligé les collectivités à adapter leur organisation. Quimper a réuni son Plan communal de sauvegarde, avec une attention particulière portée aux écoles, aux accueils de loisirs, aux personnes âgées et aux publics vulnérables. Morlaix a réorganisé ses services, ses collectes, ses lieux rafraîchis, ses parcs et ses points d’eau. Dans le sud-Finistère, l’incident d’Ergué-Gabéric a rappelé qu’une forte chaleur peut entraîner des effets en chaîne : coupure électrique, équipements à sécuriser, contrôles sur l’eau et l’assainissement, avec parfois des conséquences jusque sur la baignade ou les activités nautiques.

Le fléchage annoncé ne compense donc pas la baisse globale du Fonds vert. Il peut orienter une partie des crédits vers les petites collectivités, mais il ne redonne pas de stabilité à celles qui doivent programmer leurs travaux sur plusieurs exercices.

On ne prépare pas les prochains étés avec des annonces faites sous la chaleur. On les prépare avec des financements à la hauteur, décidés assez tôt pour que les communes puissent engager les travaux avant la prochaine alerte.

Posted in Actu, Dossiers Thématiques, Environnement, Finances locales, Le décryptage parlementaire.