Ce mercredi 17 juin, le Conseil départemental du Finistère tenait séance plénière à Quimper. Trois mois après les municipales, Kévin Faure, président du groupe Finistère et Solidaires, a d’abord consacré quelques mots aux maires : ceux qui passent la main, ceux qui prennent leurs fonctions, ceux qui repartent pour un mandat, mais aussi ceux qui ont connu la défaite.
Ce choix dit quelque chose de la place du Département dans la vie locale. Pour beaucoup de communes, il reste un appui direct : il accompagne, finance, soutient, parfois là où les équipes municipales manquent de moyens humains, d’ingénierie ou simplement de temps. Rappeler la réalité des mandats locaux, leur exposition croissante, leur part d’usure aussi, revenait à replacer la séance dans le quotidien des élus : répondre, tenir, expliquer, même lorsque les réponses ne dépendent pas toujours d’eux.
Très vite, l’intervention a pris une autre ampleur. Protection de l’enfance, RSA, handicap, insertion des jeunes, sécurité : ces sujets n’appartiennent pas au même registre, mais ils racontent une difficulté commune. Les Départements sont de plus en plus sollicités pour répondre à des urgences sociales que l’État laisse s’accumuler, sans toujours donner les moyens de les traiter.
Dans un Département, le partage des compétences finit toujours par rencontrer le réel des guichets, des services et des familles. Une place qui manque. Un dossier qui attend. Une association sans réponse. Une commune qui cherche un appui. Quand l’État tarde, réduit ou renvoie la charge, la question n’est plus théorique : quelqu’un doit répondre. Et ce quelqu’un, de plus en plus souvent, ce sont les collectivités.
La protection de l’enfance donne à cette interrogation sa part la plus grave. Après l’assassinat de la petite Lyhanna, l’émotion a été immense. Mais l’émotion, seule, n’organise rien : elle ne recrute pas de professionnels, ne raccourcit pas les délais judiciaires, ne remet pas d’aplomb des services fragilisés depuis des années.
Kévin Faure refuse que l’enfance reste une priorité que l’on redécouvre lorsque l’actualité devient insoutenable. Le président du groupe Finistère et Solidaires plaide pour un ministère de plein exercice chargé de l’enfance, des moyens renforcés pour la justice et la Protection judiciaire de la jeunesse, ainsi que l’examen d’une véritable loi-cadre.
Les Départements, eux, prennent déjà leur part. En dix ans, leurs dépenses consacrées à la protection de l’enfance ont progressé de près de 45 %. La compensation de l’État, elle, reste autour de 3 %. Ce déséquilibre place les collectivités dans une position impossible : elles sont attendues par les habitants, sollicitées par les familles, mises en cause dès qu’un drame survient, mais elles ne disposent pas de tous les leviers pour agir à la hauteur des besoins.
Les Départements peuvent améliorer leurs pratiques, renforcer la prévention, mieux coordonner les acteurs, recruter lorsque c’est possible. Mais aucune collectivité locale ne peut remplacer une justice sous-dotée, raccourcir seule les délais de traitement ou réparer durablement les fragilités de la Protection judiciaire de la jeunesse. « Les excuses ne suffisent pas. Les accusations ne protègent aucun enfant », a rappelé Kévin Faure. Ce qui protège, ce sont des moyens, une organisation et une volonté politique qui ne disparaît pas avec l’émotion.
Le raisonnement vaut au-delà de l’enfance. Handicap, insertion des jeunes, formation, sécurité, administration pénitentiaire : sur plusieurs terrains, l’élu brestois décrit le même mouvement. L’État recule, les besoins demeurent, et les collectivités sont appelées à prendre le relais. Jusqu’au moment où le Département n’exerce plus seulement ses compétences, mais se retrouve à amortir celles que d’autres n’assument plus.
Défendre les solidarités ne signifie pourtant pas accepter que le Département devienne la caisse de secours de toutes les politiques nationales fragilisées. Une collectivité locale peut être utile, proche, réactive. Elle peut soutenir les habitants, les associations et les communes. Mais elle ne peut pas porter seule ce qui relève de la solidarité nationale, de la justice ou des grandes politiques publiques.
Cette limite, Kévin Faure l’a aussi posée dans le débat sur le RSA. Le sujet est devenu un terrain de crispation politique, souvent réduit à quelques mots qui durcissent tout : contrôle, fraude, mérite, contrepartie. À force de les répéter, on finit par regarder les allocataires d’abord comme des suspects.
Le président de Finistère et Solidaires a choisi de revenir à l’esprit du RMI porté par Michel Rocard. Non pour s’abriter derrière une référence historique, mais pour rappeler qu’une politique d’insertion peut être exigeante sans être humiliante. Le RMI reposait déjà sur une idée de suivi, d’évaluation et de transparence. L’évaluation n’est donc pas le problème. Le problème commence lorsqu’elle devient soupçon permanent.
Une politique sociale sérieuse peut demander des comptes, chercher des résultats, corriger ce qui ne fonctionne pas. Mais elle ne devrait jamais faire de la précarité une faute morale. Pour la gauche départementale, accompagner les allocataires, ce n’est pas renoncer à l’exigence ; c’est refuser que l’exigence serve de prétexte à la stigmatisation.
Le désaccord avec Maël de Calan se joue aussi dans la façon de tenir une institution. Kévin Faure vise une présidence qui cherche trop souvent la séquence, le cadrage médiatique, la confrontation appelée à nourrir son propre récit. Or le Département n’est pas un plateau. Parler du RSA, de la protection de l’enfance, du handicap, des agents départementaux ou des syndicats engage autre chose qu’une stratégie de communication. La parole publique façonne un regard, donne du sens à une décision, mais peut aussi installer le soupçon, raidir les oppositions et abîmer la confiance entre élus, agents, partenaires et habitants.
« La communication peut accompagner l’action. Elle ne doit jamais la remplacer », a rappelé Kévin Faure. La formule dit le désaccord de méthode. Une institution n’a pas seulement besoin d’être visible. Elle a besoin d’être lisible, fiable, capable de débat et d’évaluation. À force de chercher l’effet, on prend le risque de déplacer l’attention : moins sur ce qui est fait, davantage sur ce qui se raconte.
La séance du 17 juin avait aussi lieu pendant le Mois des fiertés. Kévin Faure a appelé le Département à sortir d’une forme de réserve dans la défense des droits des personnes LGBTQIA+. Les droits des femmes, les droits sociaux, le droit à la solidarité comme l’égalité des droits ne tiennent pas par habitude. Ils existent parce qu’ils ont été conquis, et parce qu’ils continuent d’être défendus.
Pour le groupe Finistère et Solidaires, le Département peut davantage soutenir les associations, accompagner les initiatives des communes et assumer une parole publique lorsque l’égalité est contestée. Une collectivité chargée des solidarités ne peut pas laisser ces sujets à la marge : ils disent aussi ce qu’elle protège, ce qu’elle finance, ce qu’elle rend visible.
La question de l’organisation de l’exécutif départemental, après la démission d’Emmanuelle Tournier et l’arrivée de Corinne Tarditi, a également été posée. Elle vaut surtout pour ce qu’elle révèle : les communes, les clubs, les associations ont besoin de savoir qui suit les dossiers, qui répond, qui porte les politiques dans la durée. La lisibilité de l’action publique commence souvent là.
Kévin Faure ne demande pas au Département d’en faire moins, il lui demande de ne pas accepter un rôle impossible : réparer seul ce que l’État fragilise ou abandonne.
Le groupe Finistère et Solidaires défend un Département capable d’agir aux côtés des communes et des habitants, mais respecté dans ses compétences et doté des moyens nécessaires. Un Département qui tient son rôle, oui. Qui paie seul celui des autres, non.
Retrouvez ci-dessous l’intervention liminaire de Kévin Faure ainsi que la synthèse des principaux messages portés au nom du groupe Finistère et Solidaires lors de cette séance plénière.
Synthèse des messages de Kévin Faure – Séance plénière du 17 juin 2026
Intervention liminaire de Kévin Faure – Séance plénière du 17 juin 2026


