Le 29 novembre, les électrices et électeurs de Quimperlé seront appelé·es à se prononcer sur le déploiement de trente caméras de vidéoprotection. Sur proposition du maire Michaël Quernez, le conseil municipal a approuvé à l’unanimité l’organisation du premier référendum local de la commune, plutôt que de décider lui-même de l’installation du dispositif. Le projet, préparé depuis 2025, représente un investissement estimé à 215 000 euros hors taxes.
Les emplacements ont été définis, les études techniques réalisées et le plan de financement établi. Pourtant, la décision d’installer les trente caméras n’est pas encore prise : lors de sa séance du 29 septembre, le conseil municipal de Quimperlé a choisi de soumettre le projet aux électeurs, qui se prononceront sur sa mise en œuvre le 29 novembre.
“Nous faisons le choix du débat plutôt que de l’éviter”, indique le groupe majoritaire Uni·es pour Quimperlé dans sa tribune d’octobre. La démarche prolonge les rencontres de quartiers et les réunions publiques organisées par la municipalité, avec une différence notable : sous réserve d’une participation suffisante, le vote des habitants pourra cette fois valoir décision.
Un dispositif préconisé par la gendarmerie
Le projet s’inscrit dans une coopération ancienne entre la Ville et les forces de sécurité. Depuis 2015, Quimperlé a progressivement renforcé les missions de sa police municipale et ses relations avec la gendarmerie, dans le cadre d’une convention de coordination renouvelée à plusieurs reprises.
Le diagnostic de sûreté remis en février 2025 relève notamment une progression des cambriolages, des accidents et des infractions routières, tandis que les vols de véhicules sont en diminution. Parmi ses préconisations figure l’installation d’un système de vidéoprotection de flux, destiné à enregistrer les déplacements sur les principaux axes de circulation.
La municipalité a confié les études techniques au Syndicat d’énergie du Finistère en février 2026. Elles ont confirmé la faisabilité d’un déploiement de trente caméras réparties sur dix sites, aux entrées de ville et à plusieurs carrefours, pour répondre notamment aux phénomènes de délinquance itinérante.
Les caméras enregistreraient les images sans qu’aucun visionnage en temps réel soit prévu. Seules les personnes habilitées pourraient consulter les enregistrements après les faits, notamment pour les besoins d’une enquête ou lors de la recherche d’une personne disparue.
La Ville en attend également un effet dissuasif. L’installation de caméras ne garantit toutefois pas, à elle seule, une diminution des infractions : leur utilité dépend notamment des emplacements retenus, de la qualité des images et des moyens consacrés à leur exploitation. Le dispositif viendrait ainsi compléter le travail des forces de sécurité et les autres actions de prévention.
215 000 euros d’investissement, sans compter les moyens humains
Le coût prévisionnel de l’opération atteint 215 000 euros hors taxes, comprenant les travaux d’installation, les équipements techniques, la gestion du serveur et les prestations associées.
Deux subventions, représentant 136 000 euros, sont déjà acquises : 86 000 euros de l’État au titre de la dotation d’équipement des territoires ruraux et 50 000 euros du Conseil départemental du Finistère. Une troisième aide, de 36 000 euros, a été sollicitée auprès du Fonds interministériel de prévention de la délinquance. Si elle est accordée, le reste à charge communal serait de 43 000 euros, soit 20 % de l’investissement.
Les dépenses annuelles de fonctionnement sont estimées à 15 800 euros TTC, entièrement supportées par la Ville. La délibération du 29 septembre évoque également la mobilisation d’environ cinq heures de temps d’un agent de la police municipale pour l’exploitation du système, sans en préciser la périodicité ni indiquer si cette charge est comprise dans l’estimation financière. Le dispositif demanderait donc aussi des moyens humains, au-delà des dépenses d’équipement et de maintenance.
L’installation nécessiterait par ailleurs une autorisation préfectorale préalable, délivrée pour cinq ans renouvelables. L’accès aux images serait réservé aux personnes habilitées et leur conservation limitée à une durée proportionnée aux objectifs poursuivis, sans pouvoir excéder un mois. Des dispositifs de masquage devraient également protéger les espaces privés.
La Ville est accompagnée sur ces questions par le service de protection des données du Centre de gestion du Finistère, notamment pour l’analyse d’impact relative à la protection des données personnelles.
Un résultat soumis à une double condition
À la différence d’une simple consultation citoyenne, le référendum local peut conduire directement à l’adoption d’un projet relevant des compétences de la commune. Mais le Code général des collectivités territoriales impose deux conditions cumulatives : la majorité des suffrages exprimés doit être favorable au projet et au moins la moitié des électeurs inscrits doit participer au vote.
À Quimperlé, près de 9 000 personnes sont appelées aux urnes. Une majorité favorable ne suffirait donc pas à faire adopter le projet si le seuil de participation de 50 % n’était pas atteint. Dans cette hypothèse, les résultats seraient transmis au conseil municipal, qui serait appelé à délibérer sur les suites à donner.
Les électeurs français inscrits sur les listes de la commune pourront participer au scrutin, de même que les ressortissant·es des autres États membres de l’Union européenne inscrits sur les listes électorales complémentaires.
Le recours au référendum suppose par ailleurs une organisation électorale à part entière, depuis la délibération fixant le projet et les modalités du vote jusqu’à la préparation d’une campagne officielle. Les formations politiques habilitées peuvent y présenter leurs arguments, tandis que la commune doit mettre à disposition des électeurs un dossier d’information sur le projet soumis au scrutin.
Une campagne précédée de plusieurs semaines d’échanges
À Quimperlé, une première réunion publique a été organisée dès le 30 septembre, au lendemain du conseil municipal. Depuis, le projet est présenté lors des rencontres de quartiers, où les habitants peuvent interroger les élu·es sur les conditions d’utilisation des images, le choix des emplacements, le coût du dispositif ou les garanties relatives à la vie privée.
Un dossier détaillé sera accessible à partir du 13 novembre, en mairie, dans plusieurs équipements municipaux et sur le site Internet de la Ville. Une seconde réunion publique se tiendra le lundi 16 novembre, au moment de l’ouverture de la campagne référendaire officielle, qui s’achèvera le 28 novembre.
Les groupes d’élu·es et formations politiques souhaitant participer à cette campagne doivent obtenir une habilitation préalable. Le dimanche 29 novembre, les électeurs pourront voter de 8 heures à 18 heures, les dix bureaux de vote de la commune étant regroupés dans un même lieu.
L’organisation de ce premier référendum aura mobilisé plusieurs mois de préparation, entre diagnostic de sûreté, études techniques, information des habitants et formalités électorales. Pour les autres collectivités, le déroulement de cette procédure permet d’apprécier le travail nécessaire lorsqu’un conseil municipal choisit de soumettre un projet à ses électeurs.
Le 29 novembre, les Quimperlois se prononceront sur la vidéoprotection. Mais le choix politique qui précède ce scrutin mérite tout autant l’attention : Michaël Quernez a proposé de confier aux électeurs une décision que le conseil municipal pouvait prendre lui-même, et l’ensemble des élu·es l’ont suivi. Une manière de rappeler que la légitimité du suffrage ne se résume pas au mandat reçu tous les six ans et que la démocratie locale peut aussi laisser aux habitants le pouvoir de trancher.
Pour aller plus loin :
Quimperlé, quai Brizeux. Visuel d’illustration réalisé d’après une photographie de Lanzonnet / Wikimedia Commons – CC BY-SA 3.0, adaptée pour l’UESR29.


