À un an des élections municipales de 2026, l’engagement des maires est mis à l’épreuve. Lors de la rencontre intitulée « Municipales dans un an, s’engager maintenant », organisée le 1er avril par l’Association des Maires de France, élus locaux et experts ont abordé un défi majeur : pour que l’engagement des maires perdure, il est essentiel de redonner à ces derniers les moyens d’agir. Pris entre des attentes toujours plus fortes de la part des citoyens et des contraintes administratives et financières écrasantes, leur capacité à répondre aux besoins des territoires est de plus en plus limitée. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’ils peuvent encore répondre aux attentes, mais si le système en place leur permettra de continuer à agir.
Cependant, cette pression n’entame pas la confiance des Français envers leurs maires, qui reste solide, oscillant entre 65 et 68 %. Ce chiffre témoigne du lien direct et fondamental entre élus locaux et citoyens. Martial Foucault, chercheur au Cevipof, invité à cette rencontre, a souligné que cette confiance repose sur le rôle central des maires dans la vie quotidienne des Français. Pourtant, ce lien de proximité, bien que solide, est mis à l’épreuve par l’intensification des exigences sociales et économiques. Sécurité, santé, bien-être, pouvoir d’achat : les attentes s’alourdissent. Face à cela, les maires, pris dans cette spirale, doivent désormais jongler entre des responsabilités locales de plus en plus lourdes et des enjeux globaux de plus en plus contraignants.
Cette réalité est d’autant plus manifeste lorsque l’on considère la tension entre les attentes citoyennes et les contraintes imposées par l’État. David Lisnard, président de l’AMF, a soulevé cette question en soulignant que les maires se heurtent quotidiennement à des obstacles qui limitent leur capacité d’action, transformant leur gestion locale en un véritable exercice d’équilibriste. Les normes en constante augmentation et les mesures d’austérité génèrent une frustration palpable, se traduisant par un nombre alarmant de démissions. Depuis 2020, en moyenne 42 maires démissionnent chaque mois, un chiffre qui en dit long sur l’épuisement des élus, accablés par des conditions de plus en plus difficiles. Cette démission progressive des maires met en évidence l’une des causes de la crise démocratique que traverse la France. La question du réengagement des élus est désormais primordiale, les maires ayant de plus en plus de mal à concilier leur mandat avec la vie professionnelle et personnelle.
André Laignel, vice-président délégué de l’AMF, partage ce constat et a souligné un autre enjeu majeur : cette surcharge administrative et réglementaire, qui menace l’essence même de la fonction de maire. Loin de se limiter à une question technique, cette lourdeur bureaucratique met en péril la capacité des maires à remplir leur mission : servir directement la collectivité. Les élus se retrouvent acculés, pris entre des citoyens toujours plus exigeants, alimentés par les réseaux sociaux, et un État qui semble s’éloigner des réalités locales.
Murielle Fabre, secrétaire générale de l’AMF, a quant à elle rappelé l’aspect humain souvent négligé de l’exercice du mandat municipal. Une étude récente révèle que 83 % des maires jugent leur mandat particulièrement éprouvant sur le plan physique et psychologique. Cette charge mentale, amplifiée par l’incertitude des réformes à venir, rend de plus en plus difficile le maintien de l’engagement des maires. L’adoption d’une proposition de loi visant à améliorer les conditions de travail des élus devient une urgence. Elle pourrait ainsi non seulement alléger la charge mentale des maires, mais aussi encourager de nouveaux profils à s’engager, notamment parmi les jeunes, les personnes issues de la diversité ou en situation de handicap. L’AMF, consciente de cette urgence, lancera en septembre une campagne de communication pour susciter des vocations et rappeler l’importance de maintenir l’engagement des élus locaux.
Dans ce contexte, il devient évident que les maires doivent retrouver les moyens d’agir. Il ne s’agit pas seulement d’attirer de nouveaux élus, mais aussi de maintenir l’engagement des élus actuels dans un système de plus en plus complexe. Les collectivités locales, noyau vital de nos territoires, ne peuvent plus continuer à avancer dans l’incertitude. Leur pouvoir d’action doit être rétabli pour que l’action publique locale retrouve toute son efficacité.
Source : Maires de France – Localtis