À Morlaix Communauté, les gares ne se regardent plus seulement depuis les quais. La fréquentation progresse fortement sur plusieurs sites, les vélos BreizhGo arrivent, une friche du secteur gare fait l’objet d’un projet de reconversion. Pris ensemble, ces dossiers déplacent le regard : la gare n’est plus seulement un lieu de passage. Elle devient un espace où se croisent mobilités, stationnement, foncier, logement et usages du quotidien.
Avec la Région Bretagne et SNCF Gares & Connexions, Morlaix Communauté lance une étude pour passer les quatre points d’arrêt ferroviaires du territoire au crible avant les prochains choix d’aménagement.
Prendre le train commence rarement sur un quai. Il faut d’abord rejoindre la gare, trouver où se garer, venir à pied, à vélo ou en bus, déposer un proche, attendre une correspondance, puis repartir vers un lieu de travail, un établissement scolaire, un rendez-vous ou un quartier. C’est dans cet avant et cet après-train que se jouent aujourd’hui une partie des politiques locales de mobilité.
Le 29 juin, Morlaix Communauté a adopté trois délibérations autour des gares : une étude d’intermodalité, l’installation de vélos BreizhGo et la reconversion d’une friche. Trois dossiers différents, mais un même enjeu : organiser les abords des gares, entre déplacements, stationnement, services et renouvellement urbain.
Le territoire compte quatre points d’arrêt ferroviaires sur la ligne Paris-Brest : Morlaix, Pleyber-Christ, Plouigneau et Saint-Thégonnec Loc-Eguiner. La gare de Morlaix bénéficie de la desserte TER BreizhGo et du TGV, ce qui en fait un pôle de correspondances vers les principaux pôles régionaux et nationaux.
La dynamique n’est pas la même selon les gares. Morlaix a accueilli 850 224 voyageurs en 2024, en hausse de 40 % par rapport à 2019. Pleyber-Christ et Plouigneau progressent plus nettement encore, avec respectivement +156 % et +296 %. Saint-Thégonnec Loc-Eguiner recule en revanche de 44 %. De quoi justifier une analyse site par site, plutôt qu’une réponse uniforme.
L’étude doit établir un diagnostic du fonctionnement des quatre points d’arrêt : entrées et sorties, accès aux quais, modes de rabattement, motifs de déplacement, correspondances, stationnement automobile et vélo. À Morlaix, les flux seront comptés par caméra sur une journée ouvrable complète, avec deux compléments, le vendredi soir et un samedi d’été. Dans les trois haltes, les relevés seront assurés par un enquêteur, sur un dispositif adapté à leur fréquentation.
Le coût de l’étude s’élève à 52 500 euros hors taxes. Il sera partagé à parts égales entre la Région Bretagne, Morlaix Communauté et SNCF Gares & Connexions, soit 17 500 euros pour chaque partenaire. Les résultats sont attendus dans un délai prévisionnel de douze mois et devront servir à établir un préprogramme d’intermodalité.
Autre volet visible du dossier : l’arrivée des vélos électriques BreizhGo en gare de Morlaix. Porté par la Région Bretagne dans le cadre de son Plan vélo, le service s’adresse aux voyageurs qui doivent encore parcourir quelques kilomètres après le train ou le car. Travail, études, stage, rendez-vous professionnel : c’est ce dernier tronçon que la Région cherche à faciliter, avec un déploiement annoncé à l’automne 2026.
Derrière l’installation des vélos, il y a aussi une question de maîtrise des lieux. Le parvis de la gare relève du domaine public ferroviaire. Depuis 2017, une partie de cet espace, environ 650 m², était mise à disposition de Morlaix Communauté dans le cadre du pôle d’échange multimodal. L’arrivée du service BreizhGo impose donc de revoir le cadre d’occupation, avec une nouvelle convention destinée à organiser la coexistence des usages sur le domaine public ferroviaire.
Le cas du parvis montre ce que recouvre l’intermodalité au quotidien. Il ne suffit pas d’ajouter un service : encore faut-il lui trouver une place, régler l’occupation du domaine public ferroviaire et adapter un espace déjà utilisé par les piétons, les accès techniques, les équipements du pôle d’échange et, demain, les vélos BreizhGo.
Le projet Sofivin fait entrer le foncier dans le dossier. Morlaix Communauté souhaite reconvertir cette ancienne friche en opération de renouvellement urbain, avec du logement et des rez-de-chaussée pouvant accueillir des activités. Le programme fixe un cadre précis : au moins 50 % de la surface de plancher consacrée au logement, une densité minimale de 80 logements par hectare et au moins 30 % de logements locatifs sociaux PLUS-PLAI dans la part dédiée au logement. Son emplacement compte autant que son programme : près d’une gare appelée à mieux organiser ses accès, cette friche peut permettre de rapprocher habitat, activités et mobilités dans un secteur déjà urbanisé.
Morlaix Communauté sollicite, pour cette opération, le volet “Recycler le foncier” du Fonds vert. Le dispositif peut accompagner la reconversion de friches, depuis les études et les acquisitions jusqu’aux démolitions, dépollutions ou réhabilitations. Dans le secteur de la gare, le dossier Sofivin rappelle ainsi que l’aménagement ne se joue pas seulement dans l’organisation des mobilités : il dépend aussi de la capacité des collectivités à reprendre du foncier déjà urbanisé pour y produire du logement et de l’activité.
À Morlaix, la réponse n’est pas encore écrite. Elle commencera par des comptages, des enquêtes et des observations. C’est moins visible qu’un chantier et moins facile à inaugurer. Mais dans des espaces aussi contraints que les gares, c’est souvent ce travail préalable qui décide de la qualité des aménagements futurs. Avant de transformer un lieu, encore faut-il savoir comment il est vécu.


