Samedi 29 mars à Lorient, l’Université des socialistes bretons a réuni plus de 250 élus et militants autour d’un objectif clair : préparer les échéances à venir à partir des réalités du terrain. Parmi les temps forts de cette journée d’échanges, une table ronde animée par Tristan Foveau, Premier secrétaire fédéral du Finistère, s’est penchée sur les racines et l’avenir du socialisme municipal breton.
Une histoire de fidélité aux territoires
Avant d’aborder les échéances à venir, un détour par l’histoire a permis de mieux comprendre ce qui a façonné le socialisme breton.
Marylise Lebranchu a retracé les jalons d’une histoire militante souvent méconnue. Dès 1900, une fédération socialiste bretonne posait les bases d’une culture politique singulière, faite de relais locaux, de solidarités intercommunales et de liens étroits entre enseignants, syndicats, laïques et militants des droits de l’homme. Dès 1953, plus de 130 maires socialistes étaient en fonction en Bretagne, bien que le socialisme y ait longtemps peiné à s’imposer face aux majorités conservatrices. L’histoire de cette implantation s’est aussi écrite à travers le PSA et le PSU, qui ont offert un refuge aux socialistes déçus de la SFIO, tout en préparant les grandes conquêtes de la décentralisation des années 1970.
Cette dynamique, a-t-elle rappelé, a reposé sur une double exigence : transformer les luttes sociales en pouvoir politique, et ancrer ce pouvoir dans des territoires marqués par une forte appartenance. L’élection de Charles Josselin en 1973 contre René Pléven, les débats sur la redistribution des pouvoirs en 1977 et l’élan donné à la victoire de 1981 trouvent tous leur origine dans cette matrice bretonne.
Après ce regard historique, Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’IFOP, a apporté un éclairage plus prospectif sur les dynamiques électorales récentes.
Les municipales de 2020 y ont été décrites comme « l’élection la plus étrange de la Ve République », avec 55,5 % d’abstention au niveau national et 52,66 % en Bretagne. Le scrutin a été marqué par l’ombre du COVID et une campagne suspendue entre deux confinements. Pourtant, cette désaffection ne peut être imputée à la seule crise sanitaire : la participation décline à chaque élection depuis 2001.
2026 pourrait toutefois rompre avec cette tendance. Proche de la présidentielle de 2027, elle pourrait devenir l’élection municipale la plus politisée de la Ve République. Les conditions institutionnelles restent à préciser, notamment en cas de référendum ou de dissolution de l’Assemblée. Mais une chose est sûre : les priorités ont changé. À l’échelle nationale, les Français placent désormais la santé, la sécurité et les finances locales en tête de leurs préoccupations. En Bretagne, les enquêtes font ressortir des attentes plus marquées encore en matière de finances publiques, de logement et d’accès aux soins, tandis que les enjeux sécuritaires y occupent une place secondaire.
Les interventions d’élus locaux ont ensuite permis de croiser les analyses avec l’expérience de terrain.
Celle de Sébastien Miossec, maire de Riec-sur-Bélon et président de Quimperlé Communauté, a notamment porté sur la transformation de l’action locale face à des attentes de plus en plus complexes. Dans un tel contexte, il n’est plus possible de gouverner seul à l’échelle de la commune. L’intercommunalité s’impose comme une échelle pertinente pour construire les politiques publiques, mais son fonctionnement reste souvent technocratique, dominé par la recherche de consensus.
En 2020, seuls 32 % des présidents d’intercommunalité en France étaient maires de la ville-centre, et à peine 39 % si l’on y ajoute les autres élus municipaux issus de ces villes. L’incarnation politique reste donc marginale. Or, pour Sébastien Miossec, l’enjeu est bien là : peser sur le projet communautaire avec des propositions claires, des valeurs assumées, et une vision politique. Il a rappelé qu’en 2020, une réflexion avait été engagée sur un programme socialiste communautaire, une démarche encore trop rare.
L’Université ne s’est pas limitée à cette table ronde.
Plusieurs ateliers ont permis d’aborder des sujets majeurs : sécurité dans tous les territoires, vieillissement démographique, politiques du logement, accès équitable aux soins.
Ces échanges ont été nourris par les contributions de François Cuillandre, Isabelle Assih et Jean-Paul Vermot, dont les interventions ont prolongé les réflexions de la journée.
L’Université des socialistes bretons a ainsi permis de renouer avec les fondamentaux d’un engagement local profondément politique, fondé sur l’ancrage territorial, le service de l’intérêt général et la solidarité active. Autant d’ingrédients pour affronter avec lucidité et détermination les batailles électorales à venir.