MAL-LOGEMENT : À L’APPROCHE DES MUNICIPALES, LE COMPTE À REBOURS EST ENGAGÉ

La crise du logement ne se résorbe pas. Elle s’installe, s’aggrave, et façonne durablement le quotidien de millions de personnes. Dans son dernier rapport annuel, la Fondation pour le logement des défavorisés dresse un état des lieux sans concession. L’année 2025 s’est inscrite dans la continuité d’une dégradation profonde, au point que l’organisation parle d’une spirale inquiétante.

Plus d’un million de personnes vivent aujourd’hui sans logement personnel. Parmi elles, 350 000 n’ont pas de domicile et alternent entre hébergement d’urgence, nuitées hôtelières et solutions précaires. Un chiffre qui a plus que doublé en un peu plus de dix ans. À cette réalité visible s’ajoute une autre, moins documentée mais tout aussi massive : près de 600 000 personnes sont contraintes d’être hébergées chez des tiers, faute de pouvoir accéder à un logement autonome.

La situation des enfants donne la mesure de la crise. À la fin de l’été dernier, plus de 2 100 enfants se sont retrouvés sans solution d’hébergement après un appel au 115. Parmi eux, plus de 500 avaient moins de trois ans, et 171 étaient âgés de moins d’un an. En trois ans, le nombre d’enfants à la rue a progressé de 30 %. Des chiffres qui traduisent un affaissement durable des capacités de réponse.

Au total, 4,2 millions de personnes sont aujourd’hui sans logement ou mal-logées. À ce noyau s’ajoutent plus de 12 millions de personnes fragilisées par la crise du logement : impayés de loyers, précarité énergétique, logements surpeuplés, inadaptés au handicap ou au vieillissement. La demande de logement social atteint un niveau inédit, avec près de 2,9 millions de ménages en attente. Une demande sur dix seulement obtient une réponse favorable dans l’année. Le parc d’hébergement généraliste, quant à lui, n’a pas évolué depuis plusieurs années, malgré l’augmentation continue des besoins.

Dans ce contexte, la Fondation pointe une réponse publique qu’elle juge largement insuffisante. Ralentissement de la production de logements, progression des expulsions locatives, hausse des coûts de construction, raréfaction du foncier : les indicateurs se dégradent simultanément. À l’approche des élections municipales de 2026, l’organisation a fait le choix d’interpeller directement les candidats.

Un choix assumé. Selon un sondage récent, sept Français sur dix estiment désormais qu’il est difficile de se loger dans leur commune et attendent de leurs maires qu’ils agissent pour augmenter l’offre de logements. Le logement s’impose désormais dans le débat municipal, à la croisée des politiques sociales, de l’aménagement du territoire et de la cohésion locale.

Si les territoires ne sont pas touchés avec la même intensité, aucun n’est épargné. Dans les zones tendues, la pression se traduit par une augmentation du nombre de personnes sans domicile, un surpeuplement marqué et des délais d’attente toujours plus longs pour accéder au logement social. Dans les territoires moins tendus, d’autres fragilités s’installent durablement : dégradation du bâti ancien, désertification des centres-villes, logements inadaptés au vieillissement, absence de marché locatif structuré ou de parc social.

À l’échelle communale, les possibilités sont limitées, mais les décisions prises engagent durablement la commune. Le logement se joue dans les politiques d’urbanisme, dans la manière dont le foncier est mobilisé, dans la place accordée au logement social et intermédiaire, dans la capacité à réinvestir les centres-bourgs, à articuler action sociale et politique de l’habitat. Des décisions rarement spectaculaires, parfois contestées localement, mais dont les conséquences s’inscrivent dans le temps long d’un mandat.

Les contraintes sont connues. Hausse des coûts de construction, complexité des normes, rigidité de la commande publique, réduction progressive des marges financières : les collectivités territoriales voient leur capacité d’action se réduire depuis plusieurs années. À cela s’ajoute la contribution croissante des collectivités au redressement des finances publiques, appelée à se poursuivre en 2026.

Quelques ajustements ont été engagés au niveau national : réduction partielle de la ponction imposée aux bailleurs sociaux, création d’un nouveau dispositif fiscal en faveur de l’investissement locatif, maintien des aides personnalisées au logement. Des mesures utiles, mais insuffisantes au regard de l’ampleur de la crise.

Lorsque tous les indicateurs se dégradent à la fois, lorsque la pauvreté et les inégalités progressent, des réponses ponctuelles ne peuvent suffire. À l’approche des municipales, le logement ne peut plus être relégué à l’arrière-plan des programmes. Il engage directement la responsabilité des équipes municipales pour les années à venir, et, plus largement, la capacité des territoires à tenir leur promesse de cohésion sociale.

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