On parle de finances locales, de logement, de transition écologique, de sécurité. Les débats municipaux sont déjà bien engagés. Une question, pourtant, continue d’apparaître en creux : que disent réellement les politiques communales de la place accordée aux enfants ?
Le premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant, publié par l’UNICEF France, apporte un éclairage précis, parfois dérangeant. Il ne dit pas ce qu’il faudrait faire. Il montre ce qui est.
Ce qu’il montre, d’abord, c’est une évolution de fond. La France compte environ 14,5 millions d’enfants de moins de 18 ans, soit un peu plus d’un cinquième de la population. Cette proportion diminue. La natalité recule, la population vieillit, et avec elle se déplacent les priorités collectives. Moins nombreux, les enfants pèsent moins dans les arbitrages, notamment budgétaires. Le rapport le souligne clairement : lorsque les choix se resserrent, les politiques de l’enfance deviennent plus facilement secondaires.
Cette tendance nationale recouvre pourtant des situations locales très contrastées. Dans certaines communes rurales ou périurbaines, la baisse des effectifs scolaires fragilise l’offre éducative et périscolaire. Ailleurs, notamment dans les territoires ultramarins, la jeunesse reste très présente, mais se heurte à des niveaux élevés de pauvreté et à des inégalités persistantes d’accès aux services publics. Ces écarts rappellent une évidence souvent oubliée : aucune politique de l’enfance ne peut être pensée hors sol.
Le rapport donne à voir une réalité moins visible : celle d’enfants qui échappent aux radars. Logement précaire, absence de scolarisation, suivi institutionnel lacunaire. Derrière les statistiques, des situations se jouent, parfois dans l’angle mort, souvent repérées tardivement. Le rapport rappelle notamment que près de 32 000 enfants vivent aujourd’hui sans domicile ou à l’hôtel, et que 38 enfants sans domicile sont décédés en 2024. Ces chiffres disent la gravité de la situation, y compris dans des territoires que l’on croit à l’abri.
Si la protection de l’enfance relève principalement des départements, les communes occupent une place décisive dans le repérage, l’orientation et l’accompagnement. École, cantine, services périscolaires, centres sociaux, associations : c’est là que les fragilités apparaissent, ou non. Là se joue, avant tout, la capacité à prévenir plutôt qu’à réparer.
La restauration scolaire ressort, à ce titre, comme un révélateur. Le rapport rappelle que l’accès à la cantine constitue un facteur déterminant pour prévenir les privations alimentaires. Un enfant qui n’y mange pas est davantage exposé. Tarification, modalités d’accès, qualité des repas, prise en compte des situations particulières : ces décisions relèvent directement des communes. Elles traduisent une conception de l’égalité qui dépasse largement la seule gestion quotidienne.
L’accueil du jeune enfant occupe une place comparable. Longtemps présenté comme une charge, il apparaît ici comme un choix structurant. Accès aux modes de garde, information des familles, attractivité des métiers de la petite enfance : ces orientations conditionnent à la fois l’égalité entre les parents et les conditions de développement des enfants. De nombreuses communes, y compris de taille modeste, ont engagé des démarches adaptées à leur réalité, souvent sans bruit, loin des discours nationaux.
Un autre constat traverse le rapport : celui d’une parole enfantine largement tenue à distance. Les consultations menées par l’UNICEF montrent que beaucoup d’enfants estiment ne pas être entendus, ni dans leur environnement quotidien, ni dans la vie publique. Conseils municipaux d’enfants, dispositifs participatifs, espaces d’expression existent, mais leur portée dépend de la place réelle qui leur est accordée dans la décision. La proposition d’abaisser le droit de vote à 16 ans aux élections municipales s’inscrit dans cette réflexion. Elle divise, mais elle interroge frontalement la manière dont les communes envisagent la participation des plus jeunes.
En ce début d’année 2026, les municipales ne sont plus un horizon. Elles sont entrées dans le temps des arbitrages. Le rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant arrive à ce moment-là. Il ne prédit rien. Il s’invite là où les choix se font.
Pour aller plus loin : le rapport complet de l’Observatoire des droits de l’enfant (UNICEF France) est disponible ci-dessous.


