Le 23 février, dans le cadre de La Fabrique municipale, l’UESR29 consacrait un temps d’échange à la campagne municipale dans les communes de moins de 5 000 habitants. Invité à partager son expérience, Jacques Juloux, maire de Clohars-Carnoët, aujourd’hui dans son troisième mandat, parle sans théorie et sans recette miracle.
Six campagnes municipales jalonnent son parcours, menées tant dans l’opposition qu’en position majoritaire. De cette expérience, Jacques Juloux ne tire pas une méthode figée, mais quelques convictions solides.
« Une campagne, c’est trois choses très importantes : la crédibilité du candidat, l’équipe qui l’entoure et le programme proposé. »
Tout part de là.
À quelques semaines du scrutin, on ne change plus une tête de liste. On ne recompose pas une équipe. On ne réécrit pas un projet en profondeur. Ce qui se joue désormais, c’est la capacité à incarner ce qui existe déjà.
Reconduire une équipe ou conquérir une commune ne suppose pas la même posture. Dans un contexte d’alternance, il faut convaincre que l’on est prêt à exercer la responsabilité municipale, rassurer au-delà de son socle politique, installer l’idée que l’alternative est solide. La crédibilité ne se proclame pas : elle se construit, dans la durée et dans le contact.
D’où l’importance du terrain. Le maire de Clohars-Carnoët insiste sur le porte-à-porte, non comme un simple exercice de distribution de tracts, mais comme un moment de rencontre. Sonner. Se présenter. Remettre le programme en main propre. Échanger, même brièvement. Montrer que l’équipe existe et qu’elle est disponible.
Les réunions de café prolongent cette logique. À échelle humaine, dans un quartier ou un pôle de la commune, les propositions prennent corps lorsqu’elles sont expliquées par celles et ceux qui les porteront.
« Ce n’est pas parce que des mots sont écrits qu’ils prennent sens. Ce sont les personnes qui les font vivre. »
La réunion publique constitue un autre moment décisif. Jacques Juloux la décrit comme une forme d’investiture symbolique. Structurer la soirée, annoncer le déroulé, donner la parole puis la reprendre, c’est déjà se projeter dans la fonction que l’on sollicite.
Arriver en avance, accueillir les premiers participants, créer un climat simple et direct : la réunion commence avant la prise de micro.
Il ne s’agit pas d’aligner les interventions ni de réciter l’intégralité du programme. Présenter les colistiers par petits groupes, laisser chacun dire en quelques phrases qui il est et pourquoi il s’engage, puis décliner quelques points précis du projet : la sobriété vaut mieux que l’exhaustivité.
Sur la gestion des questions, Jacques Juloux recommande d’annoncer dès le départ la manière de procéder. Plutôt que de répondre immédiatement à chaque intervention, proposer de prendre trois questions successives, puis d’y répondre dans l’ordre. Cette méthode évite qu’un seul intervenant ne monopolise le débat ou n’enferme la réunion sur un point unique. Toujours revenir au programme, sans se laisser entraîner ailleurs.
Dans les campagnes où plusieurs listes s’affrontent, la tentation est grande d’entrer dans l’attaque. L’expérience du maire de Clohars-Carnoët l’a conduit à privilégier une autre voie : exposer ce que l’on veut faire, assumer sa vision, sans chercher à discréditer l’adversaire. Lorsque des équipes se neutralisent entre elles, les habitants ne cherchent pas un duel. Ils cherchent quelqu’un qui tienne la barre.
Parmi les conseils partagés, l’un est particulièrement parlant : être candidat, c’est déjà habiter la fonction. Jacques Juloux raconte qu’au lendemain de sa première élection, un élu plus expérimenté lui avait glissé : « À partir de maintenant, tu es le maire. Il faut que tu habites le costume. » La formule l’a marqué.
Se présenter, explique-t-il, c’est déjà se projeter dans la responsabilité que l’on sollicite. Cela passe par l’attitude, la retenue, la manière de répondre, parfois même par des détails que l’on croit secondaires. Les habitants doivent pouvoir se projeter dans la personne qu’ils éliront.
La solidité d’une équipe ne repose pas uniquement sur sa tête de liste. Jacques Juloux le souligne d’autant plus librement qu’il n’est pas candidat cette fois-ci. En accompagnant l’équipe engagée dans la campagne, le maire de Clohars-Carnoët a vu des colistiers répéter ensemble leurs prises de parole, travailler leur respiration, ajuster leurs interventions.
Certains, peu habitués à parler en public, ont surpris par leur assurance. La préparation, explique-t-il, change tout. Elle transforme le stress en responsabilité assumée.
Reste enfin la question la plus simple et la plus difficile : pourquoi être candidat ?
Dans une petite commune, les habitants votent certes pour un programme, mais aussi pour une personne. Dire ce qui a conduit à cet engagement, expliquer le chemin parcouru, assumer une vision sans posture ni rivalité : c’est sans doute là que commence réellement une campagne.
Et peut-être est-ce là l’essentiel : dans ces communes où tout se voit et se sait, la campagne est d’abord une affaire humaine.


