Une voiture électrique pour 50 euros par mois : c’est la proposition avancée par Rémi Branco, maire de Puy-l’Évêque et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, pour les habitants des territoires ruraux qui dépendent de leur voiture. Baptisé “pass Navigo rural”, le dispositif viserait un million de bénéficiaires, bien au-delà du leasing social actuel. Une ambition qui suppose toutefois de trouver plusieurs milliards d’euros et d’organiser son déploiement sur les territoires.
Dans de nombreux territoires ruraux, la voiture reste difficilement remplaçable pour aller travailler, se soigner ou accéder aux services. La hausse des carburants ne touche donc pas de la même manière les habitants qui disposent de transports collectifs à proximité et ceux pour lesquels chaque déplacement ou presque passe par la voiture.
C’est de cette différence que part Rémi Branco dans une note publiée par la Fondation Jean-Jaurès. Une étude menée avec l’Ifop avait auparavant mesuré les conséquences du coût des déplacements : trois habitants des territoires ruraux sur quatre interrogés estiment qu’il devient trop cher d’aller travailler et près d’un actif sur quatre déclare avoir déjà renoncé à une opportunité professionnelle en raison du coût des déplacements.
Plutôt que de compenser le prix du carburant, Rémi Branco défend le passage à l’électrique grâce à un leasing à grande échelle. Le loyer serait fixé autour de 50 euros par mois, en référence au reste à charge d’un salarié francilien pour son pass Navigo après la participation obligatoire de son employeur. L’objectif affiché est de parvenir à un coût comparable pour les habitants des territoires ruraux qui n’ont pas accès aux mêmes possibilités de transport.
Un million de véhicules, pour quel coût ?
La différence avec le leasing social tient d’abord à l’ampleur du dispositif. Le “pass Navigo rural” viserait un million de bénéficiaires et serait ouvert plus largement aux habitants des territoires ruraux dépendants de leur voiture, notamment aux classes moyennes aujourd’hui exclues du leasing social.
Le choix d’un million de véhicules répond aussi au modèle économique imaginé par Rémi Branco. Avec de tels volumes, l’État disposerait selon lui d’une capacité de négociation plus importante auprès des constructeurs, tandis que les sociétés de leasing et les établissements bancaires pourraient proposer de meilleures conditions de financement.
Même avec ces économies attendues, le montant nécessaire est conséquent. La note évalue à environ 10 000 euros par voiture le soutien permettant de ramener le loyer à 50 euros, soit un besoin brut proche de 10 milliards d’euros pour un million de véhicules. Ce calcul est effectué à conditions inchangées et Rémi Branco estime que la commande à grande échelle permettrait de réduire la facture, sans chiffrer cette baisse.
Pour financer le dispositif, plusieurs pistes sont avancées : les certificats d’économies d’énergie (CEE), la Banque des territoires, la Caisse des dépôts, les constructeurs et les opérateurs de leasing. Le modèle proposé s’inspire du logement social, où plusieurs financeurs interviennent pour parvenir à un coût compatible avec les revenus des bénéficiaires.
Quelle place pour les collectivités ?
Les collectivités pourraient également participer, mais sur la base du volontariat. Rémi Branco envisage qu’elles puissent compléter le financement afin de diminuer le loyer payé par les bénéficiaires ou accompagner le déploiement de bornes de recharge accessibles et peu coûteuses. La proposition ne précise toutefois ni le montant de cette participation, ni la répartition éventuelle entre régions, départements, intercommunalités et communes.
Le déploiement des bornes est un autre point à régler si le dispositif devait concerner un million de véhicules. Rémi Branco l’intègre à sa proposition et estime que l’accès à une voiture électrique doit s’accompagner de possibilités de recharge dont le coût reste supportable pour les ménages.
Le “pass Navigo rural” n’est pour l’instant qu’une proposition. Les critères précis d’éligibilité ne sont pas arrêtés, le financement reste à construire et les modalités d’un déploiement à cette échelle ne sont pas définies. Mais les chiffres avancés par l’étude Ifop rappellent le problème auquel elle entend répondre : dans les territoires où la voiture reste indispensable, son coût peut peser sur l’accès à l’emploi, aux soins et aux services.
Le “pass Navigo rural” reste à construire. Mais le problème auquel il entend répondre, lui, est déjà bien là.


